Le kesa noir des rois des dragons

“ Quatre rois des dragons demandèrent au Bouddha Shakyamuni sa protection en lui disant : “ Nous, les dragons-marins, ne pouvons vivre paisiblement à cause du roi des oiseaux aux ailes dorées ( Konji cho ) qui nous dévore.“

Le Bouddha Shakyamuni ôta son kesa noir et leur dit : “ Donnez-le à tous les dragons“.

Les rois des dragons se demandèrent comment un seul kesa pouvait être donné à tous les nombreux dragons. Le Bouddha Shakyamuni devina leur souci et leur dit : “ Ce kesa serait inépuisable même si tous les êtres de tous les univers se le partageaient. C’est comme l’air que tout le monde respire sans jamais l’épuiser“.

Les rois des dragons prirent le kesa noir et le partagèrent avec tous les membres de leurs familles, mais le kesa resta intact. Même ceux qui en reçurent un fil furent protégés à jamais contre le roi des oiseaux aux ailes dorées.

_le Sûtra roi des dragons marins /  Kairyu Hôkyô

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show-off

L’Empereur  avait offert à Dogen Zenji * un Kesa violet, honorifique. Dôgen Zenji l’avait refusé par deux fois, puis il l’a accepté, mais il n’a jamais revêtu ce Kesa. Il a composé ce poème, en cette circonstance :

“ Dans les  montagnes de la paix éternelle ( Eihei-ji )

l’ordre de l’Empereur est si lourd…

mais si je revêts ce Kesa violet,

les singes et les hérons se moqueront de moi“.

   * Le Temple Eheiji, fut fondé en 1244 par Maître Dogen (1200/ 1253), dans la province de Fukui.

Eihei *

Longtemps, je suis resté parmi les hommes sans autre regret,

Les lettres, le pinceau et l’encrier, je les ai abandonnés.

Je contemple les fleurs et j’écoute les oiseaux avec moins d’inspiration,

Je vous laisse vous gausser du peu de talent de cet homme.

Eihei Dogen

_Eihei Kôroku / “Vivre les montagnes“, dixième chapitre

_*Eihei (jap) : Paix éternelle

la vérité si je mens

Parce que l’existant ne relève pas que de lui-même mais dépend de causes et de conditions pour exister, il n’existe pas véritablement ; mais parce qu’il émerge, précisément de ces causes et conditions, il n’est pas vrai, non plus, qu’il n’existe pas.

François Jullien / Eloge de la fadeur