points de suspension

_manteau de nuages, nom attribué au kesa

la vraie couleur des yeux

Les maîtres disent : Si l’œil avait en soi une couleur quelconque quand il perçoit, il ne percevrait ni la couleur qui est en lui, ni celle qu’il n’a pas, mais parce que toute couleur en est absente, il reconnaît toutes les couleurs. Le mur porte une couleur, et c’est pourquoi il ne reconnaît ni sa couleur ni quelque autre couleur, aucune couleur ne le réjouit, pas plus celle de l’or et du lazulite que celle du charbon. L’œil n’a pas de couleur et l’a pourtant en vérité, car il la reconnaît avec plaisir, joie et félicité. C’est pourquoi plus les puissances de l’âme sont parfaites et dépouillées, plus elles reçoivent parfaitement et abondamment ce qu’elles accueillent.

Maître Eckhart / Les Traités

Psychose

L’esprit est comme le bois et la pierre. C’est comme si quelqu’un peignait de sa propre main des dragons et des tigres, et s’effrayait à leur vue. Il en est de même pour les individus égarés. C’est le pinceau de la conscience qui peint la Montagne aux Rasoirs et la Forêt aux Epeés (de l’enfer), mais la conscience fait qu’on se met à les craindre. Si vous êtes capables de n’avoir aucune crainte en votre esprit, toutes les fausses notions disparaissent. Le pinceau de la conscience sépare dans ses dessins les formes, les sons, les odeurs, les saveurs et les contacts, puis, à leur vue, naissent le désir, la colère et la stupidité. Tantôt on les regarde, tantôt on les rejette ; mais du fait de la discrimination de l’esprit (citta), du mental (manas) et de la conscience (vijnana), on produit toutes sortes d’actes. Comprendre que l’esprit et la conscience sont dès l’origine foncièrement vides et  tranquilles, et éviter de les localiser, voilà en quoi consiste la culture de la Voie.

Le Traité de Bodhidharma / traduction de Bernard Faure

“ koin koin “

Maître Bashô se promenait avec son disciple Hyakujo le long d’une rivière. Ils aperçoivent un canard cherchant sa nourriture… Dérangé, le canard s’envole, et maître et disciple le suivent des yeux. Bashô et son disciple se regardèrent en silence et soudain, brusquement, le maître pinça le nez du disciple qui hurla de douleur. Bashô dit alors : “ Oh ! il y a là un canard qui chante“. Le disciple regardait le canard qui s’envolait… Tu dois regarder en toi-même, voulait lui dire le maître.

_ Bashô (1644_1694)

Dôkan*

On dit qu’autrefois un maître,

une vie durant,

se consacra au tracé d’un cercle,

à l’encre noire sur papier blanc.

D’autres réalisèrent l’esprit

en peignant des bambous.

Fins lettrés !

Un moine marchait chaque nuit

à travers les montagnes,

pratiquant la marche comme voie.

Le jardinier enferme montagnes et eaux

dans l’espace d’une cour,

un pin géant dans une coupe,

l’infini dans des cercles de sable.

Nan Shan / Interpénétration des mondes,

selon l’idée de l’école Hua Yen et l’Avatamsaka

_  *Dôkan, l’anneau de la Voie

écho lointain

Dans le silence humain reconquis sur la parole de l’homme ou sur les bruits de l’homme, on perçoit encore un écho lointain de cette parole et de ces bruits ; toute la différence entre le silence humain et le silence éternel tient à ce souvenir.

Vladimir Jankélévitch