ON THE ROAD AGAIN / 1

Selon le bouddhisme “chan*“, la nature de Bouddha est donnée à tous, chacun étant un éveillé qui s’ignore. Pourtant l’homme ordinaire doit le réaliser et, pour ce faire, parcourir un chemin au bout duquel il redécouvre cet inconcevable et inexprimable état d’Éveil.

Si certains textes bouddhiques emploient le raisonnement et la logique, d’autres ont plutôt recours à des métaphores.C’est à partir du septième siècle que c’est développée dans le “chan“ la métaphore du dressage du buffle comme illustration du chemin vers l’Éveil, elle correspond à l’apparition et à l’expansion en Chine de la xylographie comme moyen de diffusion à grande échelle d’écrits profanes et bouddhiques accompagnés le plus souvent de figures ou de représentations.

C’est une libre adaptation de cette métaphore que je propose, égrainée sur plusieurs semaines.

Tout d’abord le buffle est devenu un bœuf, et l’histoire débute au bord d’une nationale où un homme se retrouve seul avec ses valises…

_le-A-+le-B

 

IMAGE A _ En fait le bœuf ne s’est jamais égaré, donc à quoi bon le chercher ? Ayant tourné le dos  à sa véritable nature, l’homme ne peut le voir.

Tout d’un coup il se retrouve face à un labyrinthe de traces, alors la convoitise  du profit terrestre et la peur de la perte apparaissent.

Fatigué, le cœur las, il continue sa quête.

 IMAGE B_ A travers les lectures et les enseignements, il discerne peu à peu les traces du bœuf.

De même que les objets sont tous faits du même or, de même toute chose est une manifestation du moi. Il est incapable de distinguer le bien du mal et la vérité de la fausseté. Comme il n’a pas encore franchi la porte, on dit seulement qu’il a vu les traces.

COMMENTAIRE DE TOKUDA SENSEI 

Ce bœuf est votre esprit. L’homme cherche le bœuf. Ce bœuf est votre esprit. L’homme cherche le bœuf : moi-même cherche moi-même.

En réalité ce bœuf n’a jamais été égaré, nous ne l’avons jamais perdu. A l’instant où nous commençons à chercher le bœuf, apparaît le diable. En effet nous ne sommes jamais perdu, et se mettre à chercher à l’extérieur de soi, fait, comme le dit Maître Dôgen, qu’à l’instant nous prenons de la distance vis-à-vis de nous-même.

Par exemple, je suis ici en zazen. Si je reste en zazen, je suis avec moi-même. Mais si je me mets à chercher, je vais donner une direction à ma recherche, en dehors de moi-même. Donc tout ce voyage vers l’extérieur, jusqu’au retour en moi-même, représente un grand cheminement ; c’est ça le diable.

Vous êtes assis à côté de moi. De cette manière vous êtes plus proche de moi que ne l’est ma recherche, qui elle m’éloigne de moi. Chercher induit instantanément une distance par rapport à soi. Donc cette question : n’ayant originellement jamais rien perdu, pourquoi chercher ?

Ce pourquoi est un grand problème.

* chan : zen ou ch’an (Chine) abréviation du mot “zenna“, transcription japonaise du terme : “ch’an“, lui-même dérivé du sanskrit Dhyâna qui désigne la concentration de l’esprit et le recueillement.

_Textes tirés en grande partie du livre de Catherine Despeux : Les chemins de l’Éveil.

Au fil du temps…

Le vêtement en lambeaux de Saint François

et la toge des anciens Grecs,

unis ensemble et teints

d’une couleur mêlée…

de brume, de pluie et de rosée.

Il a traversé tous les temps,

il est passé de main en main,

il a maintenu intacte

l’authentique félicité de la Source.

De nouveau, il est neuf, toujours renouvelé.

Lorella Ryuko / le kesa

_le kesa de l'araignée

ni sacré ni blasphème

— Si tu veux étudier les Vérités de la terre de l’esprit, procède comme pour des semailles. Ma prédication est alors comparable à une pluie bénéfique. Grâce aux conditions favorables, tu découvriras ton chemin.

— La Voie n’a ni formes ni marques. Comment peut-on la reconnaître ?

— L’œil de la Vérité dans la terre de l’esprit peut voir la Voie. Il en est de même pour le Recueillement sans marques.

— Là, y a-t-il construction et destruction ?

— Si on voit la Voie avec construction, destruction, association et dissociation, ce n’est pas la Voie que l’on voit. Écoutez mon poème :

La terre de l’esprit  renferme des semences.

Elles croissent toutes grâce à la pluie.

Les fleurs du Recueillement sont sans marques.

Comment pourraient-elles être détruites ou créées ?

Nangaku-Ejô (677-744)

_bambou là

casier spirituel

Au Japon, un moine fut jeté par sept fois en prison. A chaque libération, il recommençait à voler, puis se faisait arrêter ; ainsi pouvait-il enseigner aux prisonniers, qui reçurent tous l’ordination de moine. Le grand moine, du nom de Shinhyo, continua ainsi son jeu, jusqu’à ce que les gardiens, émus et troublés, relâchent les prisonniers et leur maître.

Celui qui donne un véritable enseignement doit comprendre l’esprit de l’autre.

_la maréchaussée

Tout du Moins

D’instant en instant, tout sort du rien. Ceci est la vraie joie de la vie.

Pour une plante ou une pierre, être naturel ne pose pas de problème. Mais pour nous cela pose un problème, et un gros problème. Être naturel nous demande un certain travail. Quand ce que vous faites vient simplement du rien, vous éprouvez une sensation toute neuve. Par exemple, quand vous avez faim, prendre de la nourriture est naturel. Vous vous sentez naturel. Mais quand vous attendez trop de ce repas, prendre de la nourriture n’est pas naturel. Vous n’éprouvez pas de sensation neuve. Vous ne savez pas l’apprécier.

Ce naturel est très difficile à expliquer. Mais si vous pouvez simplement être assis et faire l’expérience du rien dans votre pratique, il n’y a pas besoin d’explication. Si cela vient du rien, tout ce que vous faites est naturel.

Sans le rien, il n’y a pas de naturel — pas de véritable être. Le véritable être vient du rien, d’instant en instant. Le rien est toujours là, et tout surgit de lui. Mais d’habitude, vous oubliez complètement le rien et vous vous comportez comme si vous possédiez quelque chose.

Shunryu Suzuki

_mine de rien