La mécanique des humeurs

Si vous voulez comprendre le bouddhisme, il vous faut oublier toutes vos idées préconçues. Pour commencer, vous devez renoncer à l’idée de substance ou d’existence. La conception habituelle de la vie s’enracine fermement dans l’idée d’existence. Pour la plupart des gens, tout existe ; ils pensent que tout ce qu’ils voient  et que tout ce qu’ils entendent existe. Évidemment, l’oiseau que nous voyons et que nous entendons existe. Il existe, mais ce que j’entends par là n’est peut-être pas exactement ce que vous entendez. La conception bouddhiste de la vie comprend simultanément l’existence et la non-existence . L’oiseau existe et en même temps n’existe pas. Nous disons qu’une conception de la vie fondée sur l’existence seule n’est pas l’existence véritable. Si vous prenez les choses trop au sérieux, comme si elles existaient de façon substantielle ou permanente, vous n’êtes pas dans la véritable existence. La plupart des gens ne sont pas, sans doute, dans l’existence véritable.

Shunryu Suzuki

Tous les mouvements de notre sensibilité, si agréables qu’ils soient, sont toujours des interruptions d’un état dont j’ignore en quoi il consiste, mais qui est la vie la plus intime de cette sensibilité. Ce ne sont  pas seulement les soucis les plus graves qui nous distraient de nous-mêmes : les petites contrariétés viennent aussi troubler une quiétude à laquelle nous aspirons tous sans le savoir.

C’est ainsi que nous vivons presque toujours à l’extérieur de nous, et la vie elle-même est une dispersion perpétuelle. Et pourtant nous tendons vers nous-mêmes comme vers un centre autour duquel nous décrivons, telles les planètes, des ellipses absurdes et lointaines.

Fernando Pessoa

_l'oiseau mécanique

TRANSPARENCY

La nature ultime et originelle de l’existence fonctionne exactement comme un filtre ; on ne sait pas ce que c’est, si ce n’est que cela fonctionne comme une sorte de poumon. Le sang est pompé par le cœur jusqu’aux poumons qui jouent le rôle d’un filtre destiné à purifier le sang et à renvoyer ce sang purifié et oxygéné au corps, pour que le corps et l’esprit fonctionnent bien.

Quand on traverse le filtre de la nature ultime de l’existence, l’être qui en ressort est inchangé, bien sûr, mais un tout petit peu différent, comme transparent ; c’est ce qu’on appelle un être éveillé ou un bouddha. Alors, cet être transparent est tout à fait semblable à un miroir qui reflète et accepte tous les êtres avec équanimité, qu’ils soient arbres, oiseaux, fleurs, printemps, hiver ou tout ce qui vit.

Par exemple, quand un tel être voit un chien, lui et le chien traversent le filtre et, quand ils en sortent, ils sont semblables, transparents. Alors, le chien n’est plus un chien, le chien est bouddha, un être éveillé, un bodhisattva.

C’est pourquoi, quand cette personne entend le précepte « Ne pas tuer », elle ne l’entend pas au sens moral — « Il ne faut pas » —, mais c’est simplement devenu pour elle une chose impossible.

Dainin Katagiri / Retour au silence

_portrait

ON THE ROAD AGAIN / 2

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IMAGE  C _  PREMIER APERÇU DU BŒUF _  S’il ne fait qu’écouter intensément les bruits quotidiens, il atteindra la réalisation et à cet instant il verra la Source même. Les six sens ne diffèrent pas de cette vraie Source. Dans toute activité la Source est manifestement présente. Si la vision intérieure est correctement focalisée, on aperçoit que ce qui est vu est identique à la vraie Source.

IMAGE D _ ATTRAPER LE BŒUF_  Aujourd’hui il a trouvé le bœuf qui avait longuement folâtré dans les champs incultes et il est sur le point de l’attraper. Le bœuf s’est si longtemps amusé dans ces parages que le sevrer de ses anciennes habitudes n’est pas chose facile. Il continue de convoiter les herbes, il est toujours têtu et débridé. L’homme, si il veut le dompter, doit faire usage de sa corde.

COMMENTAIRE DE TOKUDA SENSEI _ C’est un moment très dur de l’entrainement. La rencontre avec le Maître se présente de la même façon. Le Maître a l’autorité du Dharma*, il ne discute jamais avec les disciples. Si le disciple a une confiance totale avec son Maître, il accepte le non à sa question.

Si le Maître dit à nouveau “non“, alors le disciple doit de nouveau laisser tomber ses idées. Pour le disciple commence alors une période extrêmement difficile avec lui-même. C’est le passage dans les ténèbres. Ce ne sont pas les ténèbres ou le doute dans l’esprit seul, mais c’est le corps entier qui devient doute. Ce doute n’est pas un doute parmi d’autres, c’est LE doute.

*dharma : doctrine du Bouddha

histoire sans parole

Toutes les choses “ ne s’accroissant pas, ne diminuant pas “, sans perte ni gain — espace sans espace —, il n’y a rien à ajouter parce que, pour commencer, il n’y a rien ! Il n’y a aucun élément fondamental — juste l’espace sans l’espace, le temps sans temps, entièrement vide et dépourvu de caractéristiques. Que reste-t-il alors ? Uniquement ce qui est tel quel.

Bernie Glassman / méditations sur le sûtra du cœur

_la meute