un éléphant ça trompe énormément

Dans les temps anciens, en Inde, il y avait un roi qui fit venir de nombreux aveugles. Puis il amena un éléphant et demanda à chacun d’eux de tâter une partie de l’éléphant et d’en décrire la forme complète. Il leur dit : « Dites-moi ce que vous imaginez devant vous. » Ceux qui avaient touché les pattes ont dit qu’il s’agissait d’un tonneau. Pour ceux qui avaient touché la queue, l’éléphant était un genre de balai. Pour ceux qui avaient touché le ventre, l’éléphant était un très gros tambour. Pour ceux qui avaient touché les oreilles, l’éléphant était comme un vent pour vanner. Pour ceux qui avaient touché la trompe, l ‘éléphant était comme un grosse corde. Le roi dit : « Il est bien triste d’être aveugle parce qu’on ne peut pas ouvrir les yeux et là où vous avez touché vous pensez que l’éléphant est entièrement comme cela, mais si vous pouviez ouvrir les yeux et voir l’éléphant vous vous rendriez compte à quel point c’est différent. »

Cette parabole apparaît dans le “Sûtra du Nirvâna“. Nous sommes dans le même cas, à savoir que notre conscience est un œil aveugle et de ce fait on ne peut pas voir la totalité des dharma * innombrables, on ne peut pas voir clairement. Vous pensez qu’il y a le bien et le mal, la vie et la mort, les personnes ordinaires et les bouddhas , l’existence et la non-existence, mais si vous pouviez ouvrir les yeux, vous vous rendriez compte que tout cela est faux, que ce n’est pas la totalité des dharma innombrables.

Si vous ne lâchez pas prise par rapport à cette conscience ordinaire, même si vous pratiquez avec diligence de bonnes actions, même si vous cultivez les six pâramitâ dans une perspective de conscience ordinaire avec l’idée de bien, de mal, etc., tout cela devient racine d’illusion, c’est juste le bonheur des êtres humains et des créatures célestes.

Si vous pratiquez les cinq pâramitâ, soit : le don, la moralité, la patience, l’effort, la méditation, sans pratiquer prajnâpâramitâ (la perfection de sagesse) alors, la pratique des cinq perfections, ça n’est juste que les illusions des personnes ordinaires, c’est juste l’enchaînement de cause et d’effet et d’illusions et non pas la pratique de la sagesse suprême.

Jijuyû zanmai de Menzan Zuihô

 

*dharma : ensemble des règles de la doctrine du Bouddha, qui le premier prit conscience de la Loi cosmique auquel notre monde est soumis et dont le principal aspect est la la loi de la renaissance déterminée par la karma. 

_élephant

 

au clair de la lune

Par exemple on dit que la lumière du soleil ou de la lune nous font dire que ceci est une montagne, ceci est une personne, ceci est un chien. Mais, ça n’est pas le soleil ou la lune qui font ces différences, qui exercent cette discrimination, ça n’est ni le soleil ni la lune qui désignent : ceci est une personne, ceci est un chien, ceci est une rivière, ceci est une montagne. Non, les astres donnent la lumière de toutes les choses, toutes les identités se manifestent comme un miroir qui reflète ; ce miroir ne se soucie pas des différences qui existent entre les différentes images qui se reflètent dans le miroir.

Ce samâdhi * c’est pareil, c’est juste de la lumière, il ne fait pas de différenciation. Si vous ne vous laissez pas envahir par les préoccupations de votre esprit, cette obscurité et cette confusion deviennent la lumière radieuse. C’est quelque chose comme l’éclat, comme la lumière qui est envoyée par une perle et qui revient à nouveau vers vous et vous éclaire. Cette lumière est aussi la lumière du soleil et de la lune, c’est aussi les montagnes, les rivières, les êtres humains, les chiens, etc., mais ça n’est pas le soleil ou la lune qui cherche à distinguer entre le soleil et la lune. C’est comme un miroir qui reflète ce qui apparaît devant, mais son esprit ne fait aucune discrimination. C’est de ce samâdhi dont nous parlons, de cette lumière qu’il s’agit de ne laisser ni s’obscurcir ni devenir confuse, parce qu’il n’y a pas de différenciation entre tout ce qui nous rapproche.

Dans son Zazenshin, Wanshi Zenji * a dit, au tout début de son poème : « Essence centrale de tous les bouddhas / Pivot essentiel de tous les patriarches / Ne pas toucher les choses, pourtant sentir, / Ne pas s’opposer aux circonstances, pourtant être illuminé. »

Menzan Zuihô* / Jijuyû zanmai

_Au-clair-de-lune

*Samâdhi (jap. Sanmai ou Zanmai), état de conscience non dualiste, caractérisé par l’union entre le “sujet“ et l’“objet“ de l’expérience ; seul subsiste le contenu de l’expérience. Cet état de conscience est souvent qualifié de “focalisation unique de l’esprit“.

*Wanshi Shôgaku (1091-1157)

*Menzan Zuihô (1683-1769) né à Higo (actuellement Préfecture de Kumamoto). Il est devenu moine au temple de Ryûchôin (Kumamoto). À l’âge de vingt et un ans, il se rendit à Edo (Tokyo), resta au Seishôji et pratiqua avec des maîtres éminents du zen Sôtô de l’époque, y compris Manzan Dôhaku, Sonnô Shûeki et Tokuô Ryôkô. Menzan reçut la transmission de Sonnô Shûeki.

lignes de vie / traits du cœur

Chacun a un cœur, la plus animée des choses se trouvant entre ciel et terre. Lorsqu’il n’est ni emprisonné ni bloqué, il se guide et grandit chaque jour sans limites. C’est pourquoi le pinceau se meut au gré du cœur et les images sourdent du poignet, comme si elles étaient générées par les souffles animés entre ciel et terre, sans aucune entrave.

Shen Zongqian / 1736 ?-1820 / Esquif sur l’océan de la peinture.

“Nous passons notre vie, non seulement dans des lieux ,

mais aussi sur des chemins. Or les chemins sont en quelque

sorte des lignes. C’est aussi sur des chemins que les individus

se forgent un savoir sur le monde qui les entoure,

et le décrivent dans les histoires qu’ils racontent.

Tim Ingold / Une brève histoire des lignes

_trait du cœur

illusion d’optique

L’aube disparue,

une vieille femme a trouvé un ancien miroir,

Elle y voit clairement son visage mais

ne distingue qu’un mirage,

Ne vous illusionnez pas une fois de plus

sur votre figure

en ne gardant que son reflet.

Tôzan /Les stances des cinq positions du suzerain et du sujet / trad.Éric Rommeluère 

traits du visage