Home Sweet Home

Qui plus est, les subsistances sont ici abondantes et le paysage luxuriant.

Les fleurs y fusent de rire, les oiseaux y fondent en pleurs.

Les chevaux si calmes y ont longuement henni. Les bœufs si tranquilles s’en sont vite enfuis.

Les montagnes bleu-vert par-delà les cieux sont à peine visibles.

Le murmure de la source presque à portée de voix est inaudible.

Sur les pentes, des singes crient lorsque la rosée mouille la lune à minuit.

Dans les bois, des grues crient au vent qui s’enroule dans les pins de l’aube pure.

Quand le vent printanier se lève, les dragons soupirent dans les arbres morts.

A l’automne, les feuilles choient et s’éparpillent comme fleurs dans la froide forêt.

Les marches précieuses sont couvertes d’une dentelle de mousse.

Les visages ont la beauté de la brume et du brouillard.

Une fois les sons et les poussières apaisés, les nouvelles du monde sont égales.

De même dans la solitude, les desseins ne sont plus guère possibles.

Aujourd’hui m’adressant devant tous, moi le moine sauvage, je vous ai expliqué le style de notre maisonnée.

Après cela, plus la peine de discuter.

Fuyô Dôkai / Gion Shôgi

 

_les règles de la halte de Jeta

encrier d’ombre

“ Avoir de l’encre est facile, mais avoir le pinceau est difficile ;

avoir le pinceau et l’encre est encore facile, mais ce qui est difficile,

c’est de n’avoir plus trace ni du pinceau ni de l’encre.“

Dai Xi

 

“ L’absence de traces du pinceau et d’encre prend sa source dans la nature.“

Gao Bing

 

Gao Qipei avait un sceau qui portait l’inscription suivante :

“ Je ne cherche rien d’autre que l’absence de traces de pinceau et d’encre.“

 

_Traduction et commentaire du traité de Shitao par Pierre Ryckmans

calligraphie

Au cœur du mystère

Il est difficile d’écouter le son étrange que font les dragons en soupirant dans les os décrépis,

Qui peut bien entendre les chevaux de bois lorsqu’ils hennissent ?

À l’extérieur du store de bambou la nuit est claire, le vieux miroir scintille inutilement,

À l’intérieur de son palais, le roi du vide brille de mille et de mille feux.

La source est limpide, l’eau profonde, sur le bateau ballotté on espère des rames,

Et sur la place de l’éveil des anciens bouddhas, on attend l’héritier monté sur son char.

 

Tôzan / Genchûmei (“Au cœur du mystère“)

 

le roi du Vide

 

farfalle

Il y a longtemps, Zhuang Zhou rêva qu’il était un papillon,

voltigeant, ce papillon, à l’aise et satisfait , ignorant qu’il était Zhou !

Soudain, il se réveille, tout étonné d’être Zhou,

ne sachant plus s’il était Zhou rêvant qu’il était un papillon,

ou s’il était un papillon rêvant qu’il était Zhou.

Zhou et le papillon doivent bien avoir quelques différence ;

c’est ce qu’on appelle la transformation des existants.

Zhuangzi/ “Tous égaux“

 

“Un papillon dans l’air stimule mon imagination.

En me libérant du discours, je me perds dans le temps et je commence à faire mes trous.

Lucio Fontana 

 

_le papillon de Zhou