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Le maître ch’an * Baizhang Huaihai vivait seul

au sommet d’une montagne très escarpée.

Quelqu’un vint un jour le trouver et lui demanda :

« Quelle est l’essence du ch’an ? — Je suis assis ­— tout seul. »

« Tout seul » veut dire « tout un »,

il n’y a rien ni personne d’autre, « tout est un »,

cela veut dire également « ni extérieur ni intérieur » .

Baizhang ne fonctionnait pas dans la dualité.

Tout est qui je suis.

Si vous me créez des problèmes,

c’est moi uniquement me créant des problèmes.

Le cercle infini / Bernie Glassman

*ch’an : transcription du sanskrit “dhyàna“

 

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On ne parle pas la bouche pleine

Dans le « Zuimonki »*, chapitre 2, Maître Dôgen raconte :

Un jour Dôgen dit : j’étais dans un monastère zen en Chine en train de lire les dits des maîtres anciens et un moine du Se Chuan m’a demandé : « À quoi sert de lire les paroles de zen ? » J’ai répondu : «  c’est pour comprendre les actions des anciens maîtres. » Le moine m‘a dit : « À quoi est-ce que ça sert ? » J’ai répondu : « Je veux être capable de guider les autres lorsque je reviendrais au Japon. » Le moine m’a demandé : « À quoi est-ce que cela sert ?— Faire du bien à tous les êtres » ai-je dit. Le moine alors m’a demandé : « À quoi cela sert-il au bout du compte ? »

À un moment donné, Dôgen Zenji ne peut plus répondre, et peut-être est-il resté longtemps à se demander ce que cela voulait dire. En effet, il arrive que les paroles d’un maître se dressent en face de vous, comme une colonne : dans ce cas, il faut s’arrêter et rester là-dessus. C’est ce qu’à fait Maître Dôgen :

Et j’y ai pensé plus tard. En lisant les paroles de zen et les koans et en comprenant les actions des maîtres zen de l’ancien temps pour les prêcher à des gens qui sont dans l’illusion, tout cela , au bout du compte est sans propos aussi bien pour sa propre pratique que pour guider les autres. Si nous clarifions le principe vital en étant assis de façon concentrée en zazen, vous avez des moyens qui permettent de guider les autres même si vous ne savez pas dire un mot. Et c’est pourquoi ce moine parlait de « l’utilité au bout du compte ». En acceptant que ce qu’il disait était le vrai principe, j’ai fini par arrêter de lire les textes zen et d’autres écrits et je fus ainsi capable de m’éveiller au principe vital.

* « Zuimonki » : compilation de brefs enseignements informels de Dôgen, transcrits par Koun Ejô(1198-1280), son principal disciple.

 

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Biodynamie

Les plantes, les fleurs n’ont aucune objection à se décomposer et à redevenir terre. La terre ne dit pas : « je ne vous laisserai plus prendre mes éléments nutritifs, j’en ai besoin pour moi ! » mais au contraire : «  Prenez mes minéraux, prenez mon essence, poussez, croissez ! »

Ce Corps de l’Unité est ce que nous appelons le « vide ». « Le vide est exactement la forme » exprime la réalité du Corps de l’Unité. Rappelons qu’une poignée de terre est constituée d’un nombre incalculable d’éléments et qu’il n’en existe pas deux qui soient parfaitement identiques. Chaque fleur est différente des autres, chaque arbre est unique, et chacun d’eux vit et développe sa propre perfection. Certains bourgeons ne s’ouvriront jamais ; ne pas s’ouvrir est leur perfection. Chaque phénomène est unique, complet et parfait tel quel. Le fait même que les phénomènes soient tous différents les uns des autres constitue le Corps de l’Unité (nous imaginons que les différences s’opposent au Corps de l’Unité, alors qu’elles sont son propre nature).

Dans la phrase «  La forme est exactement le vide, le vide exactement la forme », « est » est le mot essentiel qui décrit la relation entre forme et vide ; forme et vide — relatif et absolu — s’interpénètrent sans la moindre obstruction. La vie est elle-même le libre passage de l’un à l’autre et l’attachement au monde de la forme ou à celui du vide présente un sérieux problème. Nous-mêmes sommes uniquement ce courant qui, sans cesse, circule entre le relatif et l’absolu.

Bernie Glassman / Méditation sur le Sûtra du Cœur

 

_BIO

BIG FISH

Pendant vingt ans, Tokujo reçut l’éducation de maître Tozan en pratiquant zazen avec lui.

Avant sa mort, Tosan lui donna le shiho*. Par la suite, Tokujo devint passeur et, pendant trente ans,

il attendit que se présente le vrai disciple.

Le poème dit :

« Il voulait pêcher un gros poisson

mais aucun poison ne nageait

dans cette eau trop pure. »

Pour faire des cannes à pêche, il coupait tous les bambous de la forêt, puis en replantait.

Un jour, un homme, du nom de Kassan, arriva près de la rivière.

Immédiatement, Tokujo comprit que cet homme était « le » gros poisson.

“D’où vient-tu ?

— Je viens de nulle part.“

Le disciple était intéressant.

“Qui donc t’a éduqué ?

—Zazen m’a éduqué. Je viens du zazen.“

Il y eut un très grand mondo*. Tokujo voulait reconnaître profondément ce nouveau disciple et,

en guise de réponse aux questions de Kassan, chaque fois Tokujo le poussait dans l’eau.

“ Tes réponses, même si elles sont exactes, ne sont pas justes, c’est comme taper sur un âne.“

Et d’un coup de pied Tokujo flanquait Kassan dans l’eau.

Dès que Kassan ouvrait la bouche pour répondre, Tokujo criait : “Je ne veux pas discuter avec toi ! “

Et plouf !… le rejetait à l’eau.

Kassan obtint un grand satori*

Taizen Deshimaru / Le bol et le bâton

*shiho : reçu par un adepte du zen ayant atteint un degré d’illumination au moins aussi élevé que son maître et que celui-ci agrée pour poursuivre son enseignement et transmettre à son tour la tradition du zen à un successeur qu’il aura jugé digne.

*mondo : séance d’enseignement avec question /réponse

_BIG FISH

 

“Seigneurs des bipèdes“

Lever le pied, c’est le Bouddha ; le reposer, les êtres vivants.

On appelle les Bouddhas “ Seigneurs des bipèdes “

parce que leurs jambes leur suffisent : si l’une est l’absolu, l’autre est le phénoménal.

On y retrouve les êtres vivants, le cycle des morts et des renaissances,

tout sans distinction,

et cette complétude est cause de l’absence de toute recherche.

 

Vous voici maintenant à étudier le Bouddha pensée après pensée,

mais cela n’est rien d’autre que de détester les êtres vivants,

et qui déteste les êtres vivants conspue les Bouddhas de tous les espaces.

Aussi, le Bouddha est venu dans ce bas-monde pour vider les pots d’aisance,

pour “ évacuer les excréments des jeux de mots “,

simplement pour vous faire renoncer à ce que vous avez étudié de l’esprit

et à ce que vous avez vu.

Complètement  débarrassé de tout cela, vous ne pourra plus tomber dans les jeux de mots.

Houang-po / les entretiens

 

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