la bosse du zen

Dans le chapitre du Shôbôgenzô « Gyôji »,

Maître Dôgen parle de l’histoire du deuxième patriarche Eka.

Un être mystique lui apparaît et lui dit :

«  Si vous voulez que le fruit de vos efforts mûrisse, pourquoi vous attarder ici ?

La grande vérité n’est pas loin. Vous devez aller au sud ! »

Le jour suivant, Eka ressentit un fort mal de tête et

se rendit auprès de son maître, Maître Kozan Hojo.

Maître Kozan Hojo était sur le point de soulager la douleur

lorsqu’une voix venant du ciel dit : « Ceci (ce mal) a pour but de changer

votre cerveau, ce n’est pas une douleur ordinaire. »

Eka raconte alors à son maître sa rencontre avec l’être mystique.

Quand le maître regarda le haut du crâne du Patriarche (Eka),

des bosses avaient enflé et ressemblaient au cinq montagnes.

Maître Kozan dit : « Votre aspect est un bon présage ;

vous atteindrez certainement la réalisation.

La raison pour laquelle l’être mystique vous a dit d’aller vers le sud

doit être que le grand homme Bodhidharma du temple de Shôrinji

est destiné à devenir votre maître. »

Eka se rend à Shaolin. C’est l’hiver

(on dit qu’il arrive le neuvième jour du douzième mois).

 

_monts chauves

 

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mue *

…Car nous ne sommes maîtres de rien. Ce que nous créons se sépare aussitôt de nous. Nos œuvres nous ignorent, nos enfants ne sont pas nos enfants. D’ailleurs nous ne créons rien. Rien de rien. Ses jours sont à l’homme ce que ses peaux sont au serpent. Ils luisent un temps au soleil puis se détachent de lui.

Christian Bobin / Le très-bas

 

“Les deux tiers de notre vie s’en sont déjà allés

Et nous n’avons pas encore compris qui nous étions

Nous perdons notre temps à la poursuite des désirs

Et même lorsqu’on nous appelle,

Nous refusons de faire demi-tour

Quel dommage !“

Seccho

 

À quoi comparer

Notre état en cette vie ?

Au sillage de vagues blanches

Laissé par les rames d’un bateau

Dans l’aurore.

Mansei

 

* en Japonais “rien, néant“ : Mu

_MUE

 

Les Feux de l’amour

Celui qui aime s’épuise dans son amour.

Le chant est cette brûlure, l’amour est cette fatigue.

Je ne vous vois ni brûlés ni épuisés.

Vous attendez de l’amour qu’il vous comble.

Mais l’amour ne comble rien — ni le trou que vous avez dans la tête,

ni cet abîme que vous avez au cœur.

L’amour est manque bien plus que plénitude.

L’amour est plénitude du manque.

C’est, je vous l’accorde, une chose incompréhensible.

Mais ce qui est impossible à comprendre est tellement simple à vivre.

 

Christian Bobin / Le très-bas

JOLI CŒUR

 

H.

Prendre soin de l’être c’est envisager l’homme dans sa globalité.

Ce que fait H.* pour qui le corps est arbre de vie.

Elle en connaît les portes. Les matrices. La symbolique.

Elle sait que « le cœur détient la connaissance ; le foie la sensibilité ;

le poumon l’aptitude à reconnaître le sol et le chemin ;

que la bouche est la trompette de ce que l’homme proclame et

une aide pour la restauration du corps ».

La parole soigne. Bien sûr. H. sait cela.

« Les oreilles comme deux ailes recueillent et font entrer

les bruits de la voix, tout comme les ailes portent les oiseaux dans l’air.

Les yeux sont les voies de l’homme et les narines de la sagesse.

Les éléments que sont le feu, l’air, la terre et l’eau

se trouvent en lui, agissent par leurs vertus. »

Chaque homme détient pour lui-même les clés de son équilibre fragile,

il est le créateur de son propre paradis ou de son propre enfer.

Elle repère tous les signes : signes de vie dans les yeux purs et lumineux,

signes de mort dans les yeux troubles.

 

Lorette Nobécourt / La clôture des merveilles/ Une vie d’Hildegarde de Bingen*

 

_H

mieux vaut s’adresser au Bon Dieu qu’à ses saints

Pendant le règne d’Akbar, un certain fakir habitait dans la forêt de Delhi.

Beaucoup de gens venaient rendre visite au saint homme, mais comme celui-ci ne possédait rien,

il ne pouvait se montrer hospitalier envers eux.

Cet état de choses lui fit entrevoir l’importance de l’argent,

et il alla en demander à l’empereur Akbar Shah qui était connu pour sa bonté envers les saints hommes.

Quand il arriva, Akbar Shah était en prière ; le fakir s’assit dans la chambre et attendit.

Au cours de ses dévotions, il entendit Akbar dire :

—Ô seigneur, accorde-moi plus de richesses, plus de puissance et plus de territoires !

Le fakir se leva immédiatement et serait sorti de la chambre

si l’empereur ne lui avait fait signe de se rasseoir.

Ses oraisons terminées, Akbar demanda au fakir :

—Puisque tu es venu pour me voir, pourquoi voulais-tu partir sans m’avoir parlé ?

Le fakir répondit :

—Je ne veux pas importuner Votre Majesté avec le but de ma visite.

Akbar le pressant de s’expliquer, le fakir lui dit alors :

—Sire, beaucoup de gens viennent me voir et me solliciter de les instruire,

mais comme, faute d’argent, je ne puis subvenir à leurs besoins,

je venais demander un subside à Votre Majesté.

—Alors dit l’empereur, pourquoi repartais-tu sans faire ta demande ?

Le fakir répondit :

­—Quand j’ai vu que vous-même étiez un mendiant,

et que vous imploriez du Seigneur des richesses, de la puissance et des territoires,

je me suis dit : « Comment puis-je mendier de quelqu’un qui mendie lui-même ?

Il vaut mieux implorer directement le Seigneur,

ou, mieux encore, essayer de me tirer d’affaire moi-même ».

Ramakrishna / enseignement

 

Ramakrishna disait aussi : « Vous pouvez visiter toute la terre, vous ne trouverez nulle part la vraie religion.

Elle n’existe pour vous que dans votre cœur. Celui qui ne l’a pas en soi ne la trouvera pas non plus hors de soi.

_l'œil du fakir