Aug 6-9, 1945

Nous avons tous le fantasme de faire les choses d’une façon prétendument juste :

qu’est-ce que cela veut dire ?

Rien de tel n’existe en réalité ! Dans la pratique du zen, on ne peut parler d’action juste

qu’après avoir réalisé et intégré le Corps de l’Unité

(en réalité, il n’y a pas d’« après » : réalisation et intégration continuent

sans fin ni commencement).

Quel que soit le « problème » auquel nous sommes confrontés,

la pratique nous aide à éliminer ce qui le sépare de nous-mêmes ;

elle nous permet de « devenir » le problème.

Cela ne veut pas dire que nous allons, comme par magie, toujours faire ce qu’il faut,

mais que notre fonctionnement ne dépend plus de notre conceptualisation,

il est devenu plus libre. Avec une telle liberté de fonctionnement,

il y a plus de chances que nous répondions aux événements de façon appropriée.

Sans séparation, nous sentons qu’il n’y a pas non plus de choix :

étant la situation, on répond, et cette réponse, c’est d’être la situation elle-même.

 

Bernie Glassman / le cercle infini / méditations sur le Sûtra du Cœur

 

Hiroshima

Langage des signes

Le terme sanskrit « mudrâ » est général tandis que le mot japonais « in », dans le sens de sceau

ou de signe symbolique, se réfère principalement au rite.

Selon Eitel*, les mudrâs sont un système de gestes magiques consistant à tordre les doigts

de manière à imiter les caractères sanskrits anciens.

Cela est absolument vrai car certaines lettres sanskrites avec bija** sont censées

posséder un réel pouvoir inhérent à leur forme.

En imitant ces lettres avec les doigts, le moine s’identifie avec l’idée sous-jacente

que la lettre exprime, et l’onde de forme émanant du geste matérialise le pouvoir de la lettre.

Dans les temps anciens certaines postures de hatha yoga

avaient une signification similaire et les contorsions s’assimilaient à des lettres sacrées. /… /

 

Pour que la main acquière le pouvoir qui est le sien,

il lui faut apprendre à donner et non plus à recevoir.

Cette main, comme le dit un Tibétain contemporain éminent, doit être chargée d’offrandes,

elle doit être ouverte pour montrer qu’il n’existe en elle aucune avidité, aucune haine.

Le poing fermé sur lui-même doit s’ouvrir pour qu’enfin la paume soit inondée de lumière,

laquelle, sous forme de rayons, se répandra sur la souffrance des hommes.

Cela doit être réalisé par tous ceux dont le vœu est de devenir Bodhisattva. /… /

 

On trouve également dans l’Ancien Testament des épisodes démontrant

la puissance autant du verbe que du geste.

Nous ne prendrons qu’un seul exemple parmi beaucoup d’autres :

« Pendant la bataille contre les Amalécites, Moïse leva les mains vers le ciel. »

Lorsque la fatigue s’empara de lui, Aaron lui soutint les mains jusqu’à ce que l’ennemi fut repoussé.

Bien sûr, il s’agit ici des deux mains, et l’important, dans cet épisode,

est la puissance qui émane des mains. Comparons-le à cet extrait de la vie du Seigneur Bouddha :

« Le malveillant Devadatha espérait depuis longtemps blesser le Bouddha et

pour ce faire il chercha à saouler un éléphant.

Un jour sa tentative réussit et l’éléphant ivre s’élança de toutes ses forces sur le Bouddha.

Au moment où il s’apprêtait à le renverser, Çakyamuni leva le bras droit et,

serrant les doigts les uns contre les autres, il dirigea la paume de sa main vers l’animal qui,

subjugué par le geste, s’arrêta net dans sa course. »

 

 

Michel Coquet / Le bouddhisme ésotérique Japonais

*EJ Eitel /dictionnaire de sanskrit-chinois 

**phonèmes monosyllabiques avec une prononciation spécifique considérés comme des « vibrations » de la conscience primordiale créatrice. Om est le bija le plus connu.

langue des signes