sujet + complément d’objet direct (ou indirect)

Tout le monde objectif est et demeure représentation,

et, pour cette raison, est absolument et éternellement conditionné

par le sujet ; en d’autres termes, l’univers a une idéalité transcendantale.

Il n’en résulte pas qu’il soit illusion ou mensonge ;

il se donne pour ce qu’il est, pour une représentation, ou plutôt

une suite de représentations dont le lien commun

est le principe de causalité.

Ainsi envisagé, le monde est intelligible à un entendement sain,

et cela dans son sens le plus profond ;

il lui parle un langage qui se laisse entièrement comprendre.

 

Arthur Schopenhauer

a priori

 

Star Trek

Toutes nos idées nous restreignent et nous enchaînent ;

lorsque nous les abandonnons, nous nous émerveillons de découvrir

qu’il n’existe aucune limitation intrinsèque.

Nous disons que, d’une façon ou d’une autre, nous sommes limités,

et qu’il nous est, par exemple, impossible de voler,

mais là encore il ne s’agit que d’une notion, rien de plus.

Si je peux voir la vie en tant que Corps de l’Unité,

si je peux voir que tout est un, je peux bien sûr voler, je peux tout faire,

parce que je suis tout et que je suis entrain de tout faire

— à l’instant présent ! Je suis en train de voler,

je tourne autour de la terre, je tourne autour de Mars et je crée des étoiles.

Lorsque je dis que je ne peux pas voler,

je déclare uniquement que mon concept de « je » ne peut pas voler,

parce que mon idée de « moi » est un soi limité et restreint

qui ne perçoit pas son unité avec l’aigle.

En tant qu’être illimité et incommensurable, je peux, de toute évidence voler.

 

Bernie Glassman / Le cercle infini / Méditations sur le sûtra du cœur

S-F

 

Pur Rien

Désormais, la vérité recherchée, celle qui rassurerait enfin,

s’évanouit à mesure qu’on la cherche,

comme l’air qu’un poing en se serrant ne peut jamais saisir.

Non seulement la vérité s’évide, mais tout ce qui surgit à la conscience,

ce que je suis, ce que vous êtes,

notre corps et nos pensées sont « vides ».

Le vide, thème omniprésent dans les Écritures de la Grandeur,

n’est pas un nouveau concept,

il dit une impossible objectivation : rien ne peut être découvert

par-delà le miroitement des apparences.

Le vide est une explication : plus on décompose les choses,

plus elles se réduisent à rien, comme un oignon

dont on enlève les pelures.

Le vide est une proposition : à quoi bon tenter

de saisir ce qui ne peut l’être ?

Objectif et objectivation vont de pair ; l’un et l’autre, la Grandeur les défait.

 

Éric Rommeluère / S’asseoir tout simplement /Seuil

_Pur Rien

 

 

 

 

 

 

 

sur le fil

« L’impensé est quotidiennement dépassé ;

ce qui renforce, s’il se peut, ma conviction qu’il n’y a pas de pause pour la pensée.

« Pareil à la mort qui est avant et après la vie,

l’impensé ne serait, ainsi, que la mesure invérifiable d’une pensée

constamment mise à l’épreuve par son insuccès », écrivait-il.

Et il ajoutait : « A qui prétendrait que l’on ne saurait dépasser l’impensable,

précisément parce qu’il nous prive de toute pensée,

je répondrais que, pour le penseur grisé de dépassement,

l’impensé réside dans cette image effilochée du vide,

révélée par le nœud tranché d’une corde qu’un nœud nouveau est sur le point de remplacer. »

Et il concluait : «  La vie de la pensée est une suite

de misérables nœuds sacrifiés à sa pérennité. »

N’avait-il pas écrit : «  Ce qui est pensé et ce qui est à penser ne sont

que le même fil dont l’impensé a réuni les brins.

Nous serrons nos nœuds autour d’une absence de pensée

qui enregistre leur degré de résistance » ?

 

Edmond Jabès

 

au fil