Ainsi soient-ils

Ma reconnaissance va à tous les êtres qui ont contribué à me donner cette nourriture.

Je reçois ce don de nourriture tout en considérant mes imperfections.

Je veillerai à annihiler la colère et l’avidité, et à combattre l’ignorance, qui me rendraient indignes de cette nourriture.

Je saurai apprécier cette nourriture, sachant qu’elle doit être prise comme un médicament pour la santé du corps.

Je prends cette nourriture afin d’avoir la force nécessaire pour me perfectionner dans la Voie.

La première cuillerée est pour couper tout le mal,

La deuxième, pour pratiquer le bien,

La troisième, pour aider tous les êtres.

 

« SHOKUJI NO OKYO » Sutra des Repas / extraits

« wouaf wouaf !!!! »

Si nous sommes dogmatiques, les difficultés surgiront.

Le nez du chien n’est pas celui de l’homme,

et l’odeur du pet, détestable pour l’un, sera un grand parfum pour l’autre.

T.Deshimaru

 

clair-obscur

Dans la lumière existe l’obscurité,

mais ne la prenez pas pour de l’obscurité.

Dans l’obscurité existe la lumière,

mais ne la regardez pas comme de la lumière.

Sekito Kisen / Sandokai

 

Mei et An, la lumière et l’obscurité.

Par lumière il faut entendre le monde relatif, dualiste des mots,

le monde de la pensée, le monde visible dans lequel nous vivons.

Obscurité désigne l’absolu, où il n’y a ni valeur d’échange,

ni valeur matérialiste, ni même valeur spirituelle

­— le monde que nos mots et nos pensées ne peuvent atteindre.

Vivant dans le monde de la dualité,

nous avons sans doute une compréhension de l’absolu,

que nous assimilons peut-être à la divinité.

Mais dans le bouddhisme, nous n’avons aucune idée particulière de la divinité.

L’absolu est l’absolu parce qu’il se situe au-delà de

la pensée intellectuelle ou dualiste.

Le monde de l’absolu ne peut être nié.

Beaucoup de gens disent que le bouddhisme est athée

parce qu’il n’a aucune idée particulière de Dieu.

Nous n’ignorons pas qu’il y a un absolu

mais nous n’en parlons pas beaucoup, car nous savons

qu’il se situe au-delà des limites de notre mental.

C’est ce qu’on entend pas An, l’obscurité.

Shunryu Suzuki / Sandokai

 

Top chef

La fonction de chef ou de responsable,

quel que soit le domaine de l’activité, y compris celle de cuisinier

requiert trois qualités : joie de vivre, bienveillance et grandeur d’esprit.

 

Joie de vivre signifie que vous êtes heureux d’accomplir votre tâche.

Songez que si vous étiez né dans le Royaume des Dieux,

vous seriez accaparé par tant de divertissements et de plaisir

que vous n’auriez ni le temps ni l’occasion de susciter en vous

l’esprit d’éveil et encore moins de pratiquer.

 

La bienveillance est le sentiment d’un père ou d’une mère pour son enfant.

Que les parents soient pauvres et même dans la misère,

leur tendresse est aussi grande et leurs soins sont aussi attentifs.

Comment expliquer ce sentiment ?

Celui qui n’a pas d’enfant ne peut le comprendre,

il faut être parent soi-même pour le ressentir.

Un père ne considère pas son fils en termes de perte ou de profit,

il pense avant tout à bien l’élever.

 

La grandeur d’esprit, c’est grand comme une montagne, vaste comme l’océan.

C’est un esprit sans idées reçues ou partisanes.

Il ne se réjouit pas quand il n’a qu’une once à porter

et ne s’afflige pas de soulever trente livres.

Même s’il entend l’appel du printemps, il ne va pas sauter de joie

dans la rosée et s’il contemple les couleurs de l’automne,

il ne verse pas de pleurs mélancoliques.

 

Dôgen / Tenzo Kyôkun

 

peurs, mensonges et traditions

Il y avait autrefois un temple, et dans ce temple il y avait une chatte, une chatte de trois couleurs. Comme chacun sait seules les chattes peuvent avoir trois couleurs, pas les chats.

Et cette chatte à chaque zazen venait s’installer dans le dojo en ronronnant contre les genoux des moines.

Alors le maître pensa que ça ne pouvait pas continuer et dit à son premier assistant : «  Tu me règles ce problème de la chatte qui vient déranger les moines pendant zazen ». Celui-ci qui était un vrai bouddhiste pensa qu’il ne pouvait bien sûr pas tuer la chatte. Il demanda donc à un moinillon, un novice, d’attacher la chatte au début du zazen et de la détacher à la fin de la session. Ainsi fut fait. Le moinillon, tout fier de sa responsabilité et de sa pratique — son supérieur lui ayant dit : « C’est ta pratique, donc fait attention »— attachait la chatte à l’entrée du dojo au début de chaque zazen.

Et le temps passa. Et puis un jour, le moinillon un peu avant zazen chercha la chatte et ne la trouva pas. Très inquiet évidemment pour ce qui allait lui arriver, il pensa : « Pourvu que personne ne s’en aperçoive pendant ce zazen, après je verrai ; si je ne trouve pas la chatte, il faudra que j’en trouve une autre à peu près pareille. » A la fin du zazen , le moinillon sortit très vite, mais toujours pas de chatte. Il chercha donc une chatte qui puisse passer pour la chatte du temple, et comme elle avait fait pas mal de petits au cours de son existence, il n’eut pas de mal à trouver. Il ramena la chatte au temple, la cajola, et la nourrit très bien pour qu’elle reste.

De nouveau les semaines et les mois passèrent, le moinillon monta en grade et il transmit sa charge à un jeune novice, qui fier de son rôle continua donc d’attacher la chatte à l’entrée du dojo pendant les séances de zazen.

Et puis les années passèrent. Le maître vieillissait, un peu surpris de voir que la chatte, elle, ne vieillissait pas. Il déclara : « Voyez l’influence du zazen, même la chatte qui est attachée à l’entrée du dojo à chaque zazen en profite puisqu’elle a maintenant un âge canonique, et qu’elle est en peine forme, comme moi ». Ça ne pouvait que motiver davantage les moines pour pratiquer.

Le maître un jour mourut. Après sa mort, ses successeurs continuèrent son enseignement et aucun n’allait se permettre de dire : «  Bon, on vire la chatte, elle ne sert à rien et elle embête tout le monde », les autres responsables auraient aussitôt profité de sa proposition de changer les habitudes du temple pour le critiquer — et éventuellement éliminer un concurrent. Donc on continua. Le moinillon en charge de la chatte et qui l’aimait bien, se dît : « On pourrait quand même lui mettre un coussin, pendant zazen elle serait mieux «. Il trouva un vieux coussin de mokugyo*, de trois couleurs comme la chatte, doré, rouge et vert. Après un certain temps, les responsables, réunis en comité, dirent : « on ne peut pas laisser la chatte sur ce vieux coussin dégueulasse à l’entrée du dojo, on va lui mettre un coussin neuf ». Et ils choisirent un beau coussin doré, rouge et vert de peur d’être accusés d’un manque de respect envers la tradition.

Plus tard on pensa que la vieille gamelle pour nourrir la chatte ne faisait pas sérieux et pour donner une allure de vrai dojo il fallait un bol laqué pour mettre la nourriture de la chatte.Par la suite, il s’établit aussi des règles sur la façon juste d’attacher la chatte dans un vrai temple.

Vint le moment ou les responsables du temple principal s’en furent dans d’autres temples plus petits. Le premier qui s’en fût se dît qu’il fallait faire la même chose dans son temple que dans le temple principal. Il trouva donc une chatte de trois couleurs et l’installa selon les règles.

Ainsi de temple en temple et de siècle en siècle les maîtres transmirent la vraie tradition du rite d’attacher une chatte de trois couleurs pendant chaque zazen.

Longtemps après de doctes érudits étudièrent profondément cette tradition et l’on dénombre actuellement plus de cent trente et un traités sur le symbolisme de cet acte capital qui a changé l’évolution de la pratique, et le premier maître qui fit attacher la chatte pendant le zazen est devenu très célèbre (Bien que son identité ne soit tout à fait certaine).

 André Lemort / La double méprise

*mokugyo: instrument de percussion en bois utiliser dans les rituels

qui suis-je ? où vais-je ? dans quel état j’erre ?

Un démon arriva avec un cadavre sur l’épaule et le laissa choir devant un moine.

À ce moment survint un autre démon :

_ Donne-moi ce cadavre !

_ Non, il est à moi. C’est moi qui l’ai apporté !

Il s’ensuivit une querelle et comme ils n’arrivaient pas à régler le litige,

ils décidèrent d’en référer au moine :

_ Maître, c’est moi qui ai apporté ce cadavre !

_ Oui, en effet, c’est bien toi.

L’autre riposta sur-le-champ : il arracha un bras du moine et le dévora.

Comme le premier démon éprouvait de la sympathie pour le malheureux moine,

il enleva au cadavre un bras et l’accrocha à la place du bras manquant.

Le deuxième démon s’empara de l’autre bras, puis d’une jambe et

de l’autre, de la tête, du tronc et pour finir, tout le corps fut englouti.

Quant au démon compatissant, il s’affairait à remplacer les pièces au fur et à mesure.

C’est ainsi que de transformation en transformation,

il ne resta plus rien au moine de sa personne d’origine :

« Au fond, qui suis-je ? », se demanda-t-il.

Les champignons du père vont à la rencontre du champignon de la mère — et puis bang !

une cellule unique est créée.

Elle fait un séjour dans l’utérus avant de naître et de téter le sein de sa mère.

En grandissant, elle avale toutes sortes de nourritures

dont elle laisse choir le résidu aux toilettes où un démon s’en empare.

Ensuite, elle va au restaurant où un autre démon la répare.

Au bain, la sueur coule, chez le coiffeur, les cheveux tombent

et c’est ainsi que les champignons que nous sommes,

de transformation en transformation, de métamorphose en métamorphose,

arrivent au jour d’aujourd’hui : « Au fond, qui suis-je ? »

 

Kôdô Sâwâki

brut de décoffrage

Ô Vide jaillissant de cette réalité

Dont l’esprit ne saurait épuiser les ressources.

Lorsque l’éveil est là, il n’y a pas d’éveil,

Et la non vacuité est vacuité réelle.

 

Tous les Bouddhas passés présents et à venir

Prennent pour véhicule ce seul enseignement,

Dont la moindre partie de la pointe d’un poil

Embrasse en son entier les innombrables mondes.

 

Il n’y a vraiment rien dont il faille s’enquérir

Comme il n‘est nul endroit où apaiser l’esprit.

Lorsqu’il n’est nul endroit où apaiser l’esprit,

Le Vide lumineux se met à resplendir.

 

L’Inscription sur l’Esprit / Sin-ming (attribué à Nieou-t’eou)

_mister Vide

 

 

l’esprit sans objet

Sommes-nous ici pour que la réalité se manifeste

librement

dans notre forme vitale,

ou pour la rétrécir

par une disposition mentale ?

André Lemort

 

Penser est une abstraction.

Ce n’est pas être, c’est penser être.

Taizan Maezumi

art abstrait

surprise surprise

L’instant doit nous étonner. Nous devons étonner l’instant, tout autant.

Cette culture de l’émerveillement rend nos préoccupations,

nos pensées, nos désirs, nos manques presque vains.

L’instant qui s’illumine devient, lui, si précieux, si entier, si réel !

Dans le surgissement de l’instant, le je-ne-sais-pas devient une évidence.

Toute l’habileté consiste finalement à s’affranchir

de ses propres limitations, à dépasser les clôtures de son personnage,

pour s’ébattre librement, sans dépendre des caractéristiques,

des positions ou des références.

Apprendre à vivre dans le concret nu.

Cette capacité à se dépasser en soi-même, à se transcender,

je l’appelle liberté.

 

Éric Rommeluere / Les bouddhas naissent dans le feu /Seuil

_surprise

la pêche au lamparo

 

« Depuis les temps anciens de nombreux sages

et saints ont vécu au bord de l’eau.

Quand ils sont sur l’eau, ils pêchent non seulement du poisson,

mais aussi des hommes et la voie.

Ils font encore mieux : ils s’attrapent eux-mêmes à l’hameçon.

En pêchant le pêcheur, ils sont le pêcheur pêché, pêché par la voie.

«  C’est ainsi que jadis, le moine Te-Cheng

qui avait fui le monastère du mont Yüeh et s’était réfugié

sur le fleuve attrapa le grand sage Shan-hui.

Ne pêchait-il pas à la fois le poisson, l’homme, l’eau et lui-même ?

Shan-hui en rencontrant Te-cheng devint Te-cheng

et Te-cheng en guidant Shan-hui devint Shan-hui. »

 

Dôgen / shôbôgenzô, 29, « Sûtra des montagnes et des rivières »

_pêcher la voie

culture raisonnée

« Les fleurs fanent même si les hommes les aiment

et la mauvaise herbe pousse même si l’homme ne l’aime pas. »

Dôgen

 

De cette même terre que vous aviez faite était une matière informe,

puisqu’elle n’était ni visible ni formée,

et que les ténèbres étaient répandues sur la face de l’abîme.

C’est donc de cette terre invisible et déserte ;

c’est de cette matière informe ; c’est de ce presque rien

que vous avez fait toutes les choses par lesquelles

ce monde inconstant subsiste et ne subsiste pas.

Et c’est dans ce monde que la mutabilité commence à paraître,

et que l’on y peut remarquer et compter les temps,

parce qu’ils naissent des changements qui arrivent dans les choses,

selon que ces forment qui ont eu pour matière

cette terre invisible dont j’ai parlé, s’altèrent ou se changent en elles.

Saint Augustin

_camélia-

 

 

 

Bonté divine !

« Mendiez auprès des pauvres

et donnez aux riches. »

Kodo Sawaki

PS: « Si vous voulez savoir ce que Dieu

pense de l’argent,

vous n’avez qu’à regarder à qui il en a donné ! »

Dorothy Parker

_regard

regard dans le vide

Dans les temps anciens, il n’y avait ni lunettes pour regarder le ciel ni rayonX.

Rien de tout cela n’existait.

Il fallait donc, par soi-même, s’équiper d’yeux capables de bien voir

sans  l’aide de télescopes ou de microscopes.

Alors un jour, pour la première fois, un œil perçut la réalité dans sa totalité.

Cet œil extraordinairement perçant se vit lui-même aussi bien que les autres.

Il pénétrait le bonheur et aussi le malheur,

et regardant toute chose en ce monde avec son œil prodigieux,

pour la première fois lui apparut un monde où il n’existait absolument rien.

Kôdô Sawaki

_œil perçant

_ Ça.

Le corps de chair est vide de moi.

L’existence va au gré des jours et des nuits,

sans qu’on puisse en suspendre le cours,

ne serait-ce qu’un instant.

Le visage aux joues roses, où est-il ?

On a beau chercher. Nulle trace de lui.

A la réflexion, on s’aperçoit qu’il y a tant

de choses du passé qui ne sauraient être revécues.

Comme l’éclair, le cœur nu,

sitôt apparu disparaît, sans jamais se figer.

Si le cœur pur est bel et bien vivant,

ce n’est pas à la suite d’un moi qu’on peut le trouver.

Ici même, le cœur s’ouvre sans avant ni après.

Que ce cœur s’éveille et nous rejetons

au loin les jeux du passé,

nous nous mettons à l’écoute de l’inaudible,

nous partons à la connaissance de l’inconnaissable,

sans que rien de cela ne soit notre fait.

Il en est ainsi, sachez-le,

pour la seule et unique raison que nous sommes ça.

 

Dôgen / shôbôgenzô / in-mo

_le cœur s'ouvre

 

sacrée nature !

Un disciple du nom d’Esshin amenait toujours sa vache avec lui

lorsqu’il allait écouter les enseignements de son maître.

Un soir, comme ils rentraient après une lecture sur l’Hoke Kyo (sutra du lotus),

la vache, avec son sabot, écrivit sur le sable du chemin ce tanka :

Ce soir, j’ai entendu que

même les herbes, même les bois,

pouvaient avoir l’esprit du bouddha.

je suis très heureuse

Car j’ai un esprit.

Quelle est la signification de ces lignes ?

La vache pensait que les plantes, les arbres n’avaient pas d’esprit.

Or, elle comprit ce soir-là qu’elle n’était qu’un animal,

mais qu’elle avait un esprit.

« Ainsi, je possède également la nature du Bouddha.

Mon maître m’a donné aujourd’hui un enseignement précieux.

Je peux le comprendre par cet esprit. »

Les arbres, les pierres, les bois, tous les éléments du cosmos entier

possèdent la nature du Bouddha.

 

Taisen Deshimaru / Le bol et le bâton

_sacrée nature

instantané

pas perdus

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le sans-naissance et le sans-mort, c’est la nature entière

(qui naît et qui meurt) à chaque instant.

La nature entière, c’est la naissance, c’est la mort à chaque instant.

Ainsi l’unité de naissance et de mort peut être observé

chez « l’athlète qui étire ses membres » et

chez « celui qui, la nuit, étend le bras derrière lui, cherchant son oreiller ».

Ils déploient en pleine lumière tous les pouvoirs merveilleux.

C’est l’événement dans sa plénitude.

Entièrement happés par le moment présent, la pensée

qu’il y ait eu d’autres moments présents dans le passé ne nous atteint pas.

Et pourtant, il y en eut bel et bien, et chacun de ces moments

fut un moment où la nature entière disparut dans son apparition.

Que la nature entière ait disparu dans son apparition dans le passé

n’empêche pas que la nature entière disparaisse

dans son apparition maintenant.

C’est ainsi que chaque instant est toujours le premier.

 

Dôgen / Shôbôgenzô, zenki /fascicule vingt-deuxième         

 

Star Trek

Toutes nos idées nous restreignent et nous enchaînent ;

lorsque nous les abandonnons, nous nous émerveillons de découvrir

qu’il n’existe aucune limitation intrinsèque.

Nous disons que, d’une façon ou d’une autre, nous sommes limités,

et qu’il nous est, par exemple, impossible de voler,

mais là encore il ne s’agit que d’une notion, rien de plus.

Si je peux voir la vie en tant que Corps de l’Unité,

si je peux voir que tout est un, je peux bien sûr voler, je peux tout faire,

parce que je suis tout et que je suis entrain de tout faire

— à l’instant présent ! Je suis en train de voler,

je tourne autour de la terre, je tourne autour de Mars et je crée des étoiles.

Lorsque je dis que je ne peux pas voler,

je déclare uniquement que mon concept de « je » ne peut pas voler,

parce que mon idée de « moi » est un soi limité et restreint

qui ne perçoit pas son unité avec l’aigle.

En tant qu’être illimité et incommensurable, je peux, de toute évidence voler.

 

Bernie Glassman / Le cercle infini / Méditations sur le sûtra du cœur

S-F

 

Pur Rien

Désormais, la vérité recherchée, celle qui rassurerait enfin,

s’évanouit à mesure qu’on la cherche,

comme l’air qu’un poing en se serrant ne peut jamais saisir.

Non seulement la vérité s’évide, mais tout ce qui surgit à la conscience,

ce que je suis, ce que vous êtes,

notre corps et nos pensées sont « vides ».

Le vide, thème omniprésent dans les Écritures de la Grandeur,

n’est pas un nouveau concept,

il dit une impossible objectivation : rien ne peut être découvert

par-delà le miroitement des apparences.

Le vide est une explication : plus on décompose les choses,

plus elles se réduisent à rien, comme un oignon

dont on enlève les pelures.

Le vide est une proposition : à quoi bon tenter

de saisir ce qui ne peut l’être ?

Objectif et objectivation vont de pair ; l’un et l’autre, la Grandeur les défait.

 

Éric Rommeluère / S’asseoir tout simplement /Seuil

_Pur Rien

 

 

 

 

 

 

 

le champ des contraires

 

“ C’est une croyance générale de penser

que la naissance et la mort alternent,

que l’hiver et l’été se succèdent perpétuellement,

et que toutes les choses s’écoulent comme un courant.

Mais à mon avis, tel n’est point le cas…

La tempête qui fait rage et déracine les montagnes

est toujours en repos,

les rivières qui se précipitent vers la mer

ne s’écoulent pas,

les forces qui circulent dans toutes les directions

sont immobiles,

le soleil et la lune, décrivant leur orbite ne tournent pas“,

 

Sengzhao ( 384-414 )

_le champ

 

 

 

 

à première vue

Si on a des lunettes colorées,

lunettes de moine,

lunettes de philosophe,

d’homme, de femme,

lunettes politiques,

de communiste, de capitaliste,

si on cherche une vérité fixe,

on échoue tout le temps.

 

Etienne Zeisler

TCHIN-TCHIN

seul le vent nous écoute

L’activité est mouvement incessant,

moment après moment.

On ne s’en rend pas compte,

mais l’esprit observe toujours

l’activité au moment même de l’activité.

Quand vous observez l’activité,

elle est immédiatement

forme ou expérience.

Mais au cœur même de l’activité,

il n’y a pas de forme.

Tout ce que vous avez à faire est d’être là.

C’est l’unité.

 

Dainin Katagiri

là

 

Aug 6-9, 1945

Nous avons tous le fantasme de faire les choses d’une façon prétendument juste :

qu’est-ce que cela veut dire ?

Rien de tel n’existe en réalité ! Dans la pratique du zen, on ne peut parler d’action juste

qu’après avoir réalisé et intégré le Corps de l’Unité

(en réalité, il n’y a pas d’« après » : réalisation et intégration continuent

sans fin ni commencement).

Quel que soit le « problème » auquel nous sommes confrontés,

la pratique nous aide à éliminer ce qui le sépare de nous-mêmes ;

elle nous permet de « devenir » le problème.

Cela ne veut pas dire que nous allons, comme par magie, toujours faire ce qu’il faut,

mais que notre fonctionnement ne dépend plus de notre conceptualisation,

il est devenu plus libre. Avec une telle liberté de fonctionnement,

il y a plus de chances que nous répondions aux événements de façon appropriée.

Sans séparation, nous sentons qu’il n’y a pas non plus de choix :

étant la situation, on répond, et cette réponse, c’est d’être la situation elle-même.

 

Bernie Glassman / le cercle infini / méditations sur le Sûtra du Cœur

 

Hiroshima

Ohé, ohé, matelot !…

Il n’y a pas un seul ­­­instant,

il n’y a pas une seule chose qui soient séparés de la vie.

Il n’y a pas un seul phénomène,

il n’y a pas une seule pensée qui soient séparés de la vie.

Venir à la vie, c’est, peut-on dire, comme monter sur un bateau.

Sitôt à bord, nous hissons la voile, nous manœuvrons la barre.

Bien que ce soit nous qui le fassions avancer à l’aide de la perche,

c’est bien le bateau qui nous porte et nous transporte ;

sans le bateau nous ne sommes pas.

En montant à bord, nous faisons du bateau un bateau à part entière.

Étudiez cet instant avec application.

Cet instant est celui où le monde entier

et le bateau sont un seul et même monde.

Tout­—le ciel, l’eau, le rivage et le bateau—est un seul et même moment.

Qu’il puisse y avoir de tels moments sans le bateau,

c’est une autre histoire.

Ainsi peut-on dire que la vie, c’est la vie en nous, que nous,

c’est nous dans la vie.

L’instant de notre montée à bord est celui de l’ouverture

de la nature entièr­e—notre corps et notre cœur, notre for intérieur,

tout ce qui nous entoure, la terre immense et le grand ciel vide.

La vie, c’est nous, nous, c’est la vie, c’est du pareil au même.

Dôgen / shôbôgenzô zenki

BOOM

 

 

 

 

 

les Riens du Tout*

À proprement parler, les bouddhistes n’ont pas d’enseignement.

Nous n’avons ni Dieu ni divinités. Nous n’avons rien.

Ce que nous avons c’est justement ce rien, voilà tout.

Alors, comment les bouddhistes peuvent-ils être religieux ?

Quel genre de sérénité est la nôtre ? On peut se le demander.

La réponse ne réside pas dans une conception spéciale de Dieu ou de la divinité,

mais plutôt dans la compréhension de la réalité qui est devant nous.

Où sommes-nous ? Que faisons-nous ? Qui est-il ? Qui est-elle ?

Lorsqu’on observe ainsi les choses, on n’a pas besoin

d’un enseignement spécial sur Dieu, vu que tout est Dieu pour nous.

Instant après instant, nous avons Dieu en face de nous.

Et chacun d’entre nous est également Dieu ou Bouddha.

Aussi n’avons-nous besoin d’aucune idée spéciale de Dieu.

 

Shunryu Suzuki

*  voir photo et texte sur ce sujet dans « à propos »

_kesa du vide

présence-absence

On voit avant même de voir.

Lorsqu’on voit, on ne fait que revoir.

Shenxiu

 

Ce que nous voyons des choses, ce sont les choses.

Pourquoi verrions-nous une chose s’il y en avait une autre ?

Pourquoi le fait de voir et d’entendre serait-il illusion,

si voir et entendre c’est vraiment voir et entendre ?

 

L’essentiel c’est qu’on sache voir,

qu’on sache voir sans se mettre à penser,

qu’on sache voir lorsqu’on voit,

sans même penser lorsque l’on voit

ni voir lorsque l’on pense.

Fernando Pessoa

 

Voir c’est être délesté du moi et du mien.

Dôgen / shôbôgenzô busshô

square

 

 

 

_ on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise !

À n’écouter que des choses qu’on peut comprendre,

on ne comprendra jamais le monde humain,

parce que le monde humain nous reste incompréhensible.

C’est pourquoi nous devons écouter des choses

que nous ne comprenons pas ;

tôt ou tard, elles nous deviendront compréhensibles.

 

Dainin Katagiri

 

 Ailleurs

perspective cavalière

Les êtres humains depuis toujours

ont spontanément mis en doute les multiples choses

qu’ils ne connaissaient pas.

Donc, la mise en doute de maintenant ne coïncide pas

nécessairement avec les mises en doute ultérieures.

Mettre en doute n’est rien d’autre que temps.

 

Nous nous plaçons tous en ordre de succession et

nous considérons cela comme l’univers entier.

 

Nous devons regarder chaque individu et

chaque chose de l’univers comme un [seul] temps.

Les choses ne se font pas obstacle entre elles ;

de même, le temps ne fait pas obstacle au temps.

C’est ainsi que le temps suscite l’esprit,

que l’esprit suscite le temps, simultanément.

Il en est de même pour pratique et éveil.

 

Nous tous sommes en ordre de succession

et nous le voyons.

 

C’est là notre vérité comme temps.

 

Dôgen / Shôbôgenzô _ Uji

Perspective

 

une hirondelle ne fait pas le printemps

La régénération est comme le printemps.

Le printemps a plusieurs visages.

C’est ce que l’on appelle régénération.

Sachez que la régénération s’opère sans apport extérieur.

Par exemple, la régénération du printemps invariablement

régénère le printemps.

Bien que la régénération elle-même

ne soit pas nécessairement le printemps,

parce qu’il s’agit ici de la régénération du printemps,

la régénération du printemps atteint l’éveil maintenant,

au temps du printemps.

 

Sans la régénération de ma combustion,

à ce moment précis,

aucun dharma et aucune chose ne pourraient exister,

[aucun dharma et autre chose] ne pourraient se régénérer.

Cela, vous devez l’étudier.

 

Dôgen / shôbôgenzô /uji /être-temps

_volets noirs

 

 

 

 

Lumière noire

Le sentier de la “Montagne froide“ est Sombre,

Ténébreux*, Obscur, et Opaque.

Auprès de la vallée froide

Les choses sont clairsemées et éparses.

Sans cesse les oiseaux chantent.

Il n’y a personne.

Calme, tranquille et silencieux.

Le vent souffle sur mon visage.

Désert, solitaire et effroyable.

La neige s’amoncelle sur mon corps.

Elle tombe et flotte

Dans le vent en voltigeant.

Chaque matin je ne vois pas le soleil.

Chaque année je ne sens pas le printemps.

_Han-chan** / Sentier de la “Montagne froide“

* « Ténèbre divine » d’après Pseudo-denys l’Aéropagite : « Cette Ténèbre brille de la plus éclatante lumière au sein de la plus noire obscurité.» « La Ténèbre divine est cette Lumière inaccessible où il est dit que Dieu habite. »

** ermite chinois du neuvième siècle.

 

 

J’étais dans les ténèbres et en sûreté,

Quand je sortis déguisée* par l’escalier secret**.

Oh ! l’heureux sort !

J’étais dans les ténèbres et en cachette***,

Quand ma demeure était déjà en paix****.

Saint Jean de la Croix / La montée du Carmel

* L’âme dit qu’elle était déguisée, parce que la foi qui l’a guidée dans son ascension lui a fait changer sa forme et sa manière d’être naturelle pour revêtir une forme toute divine.

**L’âme n’a alors d’autre appui que la foi pure pour aller à Dieu. Aussi cette voie s’appelle escalier secret, et en effet tous les degrés et articles de la foi que l’âme suit sont secrets et cachés aux sens et à l’entendement. Voilà pourquoi l’âme est dans les ténèbres par rapport à la lumière naturelle des sens et de l’entendement ; elle passe au-delà des limites de la nature et de la raison pour gravir ce divin escalier de la foi ; par là elle arrive et pénètre jusqu’aux profondeurs de Dieu.

*** C’est-à-dire par rapport au démon, à qui la lumière de la foi est plus funeste que les plus épaisses ténèbres.

**** C’est-à-dire quand sa partie raisonnable et spirituelle était déjà pacifiée. Lorsque l’âme, en effet, est sortie de sa demeure et est arrivée à l’union divine, c’est qu’elle tient dans la paix toutes les puissances naturelles, et sa partie spirituelle domine l’activité et l’inquiétude de ses sens.

 

_darkness

 

 

choses et autres

La vacuité est l’énergie qui énonce rien !

La vacuité dont nous parlons n’est pas la vacuité de l’expression les choses, ça c’est le vide*.

Les choses, ça c’est le vide ne veut pas dire que les phénomènes puissent être évidés

ou que le vide puisse se scinder pour former des maîtres zen **.

Ce que nous appelons vacuité ne peut être que la vacuité de [l’expression] la vacuité est vacuité.

Le vacuité de l’expression la vacuité est vacuité, c’est le ciel immense [dans] un éclat de pierre.

Dôgen / shôbôgenzô « busshô

 

* Les choses, ça c’est le vide est la citation célèbre du Sutra du cœur. Dôgen ne s’en satisfait pas car elle implique les dualités entre phénomènes et vide et entre existence et essence. Il lui préfère :  la vacuité est ( vide de ) de vacuité.

** Au temps de Dôgen, sakke signifiait maître zen . En japonais moderne, le nom composé des mêmes caractères, alors prononcés sakka, signifie écrivain.

 

_les choses

 

Que la Force soit avec nous !

La source de l’énergie qui aide à la croissance

de notre nature originelle

ne se trouve pas dans le monde conscient des concepts.

Nous sommes en mouvement

aussi n’est-il pas possible de dire qu’elle est quelque part.

C’est un travail dynamique continu,

et c’est là que nous devons être.

Dainin Katagiri

_Dynamo3

 

 

la bosse du zen

Dans le chapitre du Shôbôgenzô « Gyôji »,

Maître Dôgen parle de l’histoire du deuxième patriarche Eka.

Un être mystique lui apparaît et lui dit :

«  Si vous voulez que le fruit de vos efforts mûrisse, pourquoi vous attarder ici ?

La grande vérité n’est pas loin. Vous devez aller au sud ! »

Le jour suivant, Eka ressentit un fort mal de tête et

se rendit auprès de son maître, Maître Kozan Hojo.

Maître Kozan Hojo était sur le point de soulager la douleur

lorsqu’une voix venant du ciel dit : « Ceci (ce mal) a pour but de changer

votre cerveau, ce n’est pas une douleur ordinaire. »

Eka raconte alors à son maître sa rencontre avec l’être mystique.

Quand le maître regarda le haut du crâne du Patriarche (Eka),

des bosses avaient enflé et ressemblaient au cinq montagnes.

Maître Kozan dit : « Votre aspect est un bon présage ;

vous atteindrez certainement la réalisation.

La raison pour laquelle l’être mystique vous a dit d’aller vers le sud

doit être que le grand homme Bodhidharma du temple de Shôrinji

est destiné à devenir votre maître. »

Eka se rend à Shaolin. C’est l’hiver

(on dit qu’il arrive le neuvième jour du douzième mois).

 

_monts chauves

 

mue *

…Car nous ne sommes maîtres de rien. Ce que nous créons se sépare aussitôt de nous. Nos œuvres nous ignorent, nos enfants ne sont pas nos enfants. D’ailleurs nous ne créons rien. Rien de rien. Ses jours sont à l’homme ce que ses peaux sont au serpent. Ils luisent un temps au soleil puis se détachent de lui.

Christian Bobin / Le très-bas

 

“Les deux tiers de notre vie s’en sont déjà allés

Et nous n’avons pas encore compris qui nous étions

Nous perdons notre temps à la poursuite des désirs

Et même lorsqu’on nous appelle,

Nous refusons de faire demi-tour

Quel dommage !“

Seccho

 

À quoi comparer

Notre état en cette vie ?

Au sillage de vagues blanches

Laissé par les rames d’un bateau

Dans l’aurore.

Mansei

 

* en Japonais “rien, néant“ : Mu

_MUE

 

after hours

Jeune homme, Taisen Deshimaru rend visite dans son temple

à un moine qui allait devenir son maître, Kodo Sawaki.

Deshimaru assiste à la méditation collective en zazen dans le dojo

puis suit le maître dans ses appartements pour un entretien privé.

A peine assis, Kodo Sawaki lui sert un grand verre de saké.

Surpris, voire choqué, Deshimaru s’exclame du haut de ses vingt ans :

« Il est marqué sur le fronton du temple que ni alcool, ni ail, ni oignon ne doivent entrer dans ce lieu !

—Oui, répond Kodo Sawaki en rigolant doucement,

mais c’est pas marqué sur la porte de derrière.

Et il ajoute :

—Si tu veux commencer à suivre mon enseignement, abandonne tes idées préconçues. »

open bar

 

On ne parle pas la bouche pleine

Dans le « Zuimonki »*, chapitre 2, Maître Dôgen raconte :

Un jour Dôgen dit : j’étais dans un monastère zen en Chine en train de lire les dits des maîtres anciens et un moine du Se Chuan m’a demandé : « À quoi sert de lire les paroles de zen ? » J’ai répondu : «  c’est pour comprendre les actions des anciens maîtres. » Le moine m‘a dit : « À quoi est-ce que ça sert ? » J’ai répondu : « Je veux être capable de guider les autres lorsque je reviendrais au Japon. » Le moine m’a demandé : « À quoi est-ce que cela sert ?— Faire du bien à tous les êtres » ai-je dit. Le moine alors m’a demandé : « À quoi cela sert-il au bout du compte ? »

À un moment donné, Dôgen Zenji ne peut plus répondre, et peut-être est-il resté longtemps à se demander ce que cela voulait dire. En effet, il arrive que les paroles d’un maître se dressent en face de vous, comme une colonne : dans ce cas, il faut s’arrêter et rester là-dessus. C’est ce qu’à fait Maître Dôgen :

Et j’y ai pensé plus tard. En lisant les paroles de zen et les koans et en comprenant les actions des maîtres zen de l’ancien temps pour les prêcher à des gens qui sont dans l’illusion, tout cela , au bout du compte est sans propos aussi bien pour sa propre pratique que pour guider les autres. Si nous clarifions le principe vital en étant assis de façon concentrée en zazen, vous avez des moyens qui permettent de guider les autres même si vous ne savez pas dire un mot. Et c’est pourquoi ce moine parlait de « l’utilité au bout du compte ». En acceptant que ce qu’il disait était le vrai principe, j’ai fini par arrêter de lire les textes zen et d’autres écrits et je fus ainsi capable de m’éveiller au principe vital.

* « Zuimonki » : compilation de brefs enseignements informels de Dôgen, transcrits par Koun Ejô(1198-1280), son principal disciple.

 

_tartine

 

 

 

 

BIG FISH

Pendant vingt ans, Tokujo reçut l’éducation de maître Tozan en pratiquant zazen avec lui.

Avant sa mort, Tosan lui donna le shiho*. Par la suite, Tokujo devint passeur et, pendant trente ans,

il attendit que se présente le vrai disciple.

Le poème dit :

« Il voulait pêcher un gros poisson

mais aucun poison ne nageait

dans cette eau trop pure. »

Pour faire des cannes à pêche, il coupait tous les bambous de la forêt, puis en replantait.

Un jour, un homme, du nom de Kassan, arriva près de la rivière.

Immédiatement, Tokujo comprit que cet homme était « le » gros poisson.

“D’où vient-tu ?

— Je viens de nulle part.“

Le disciple était intéressant.

“Qui donc t’a éduqué ?

—Zazen m’a éduqué. Je viens du zazen.“

Il y eut un très grand mondo*. Tokujo voulait reconnaître profondément ce nouveau disciple et,

en guise de réponse aux questions de Kassan, chaque fois Tokujo le poussait dans l’eau.

“ Tes réponses, même si elles sont exactes, ne sont pas justes, c’est comme taper sur un âne.“

Et d’un coup de pied Tokujo flanquait Kassan dans l’eau.

Dès que Kassan ouvrait la bouche pour répondre, Tokujo criait : “Je ne veux pas discuter avec toi ! “

Et plouf !… le rejetait à l’eau.

Kassan obtint un grand satori*

Taizen Deshimaru / Le bol et le bâton

*shiho : reçu par un adepte du zen ayant atteint un degré d’illumination au moins aussi élevé que son maître et que celui-ci agrée pour poursuivre son enseignement et transmettre à son tour la tradition du zen à un successeur qu’il aura jugé digne.

*mondo : séance d’enseignement avec question /réponse

_BIG FISH

 

_test :

Nous ne sommes rien,

nous sommes Kû*,

existence sans noumène.

Si cette conception vous déprime, votre orgueil est en cause.

Comprendre cela rejoint la grande extase, le grand bonheur,

et permet d’appréhender la vie cosmique, la vraie vie, notre vie.

Ainsi pouvons-nous connaître le véritable amour universel.

Nous devenons l’esprit des autres,

l’esprit de ceux qui souffrent.

Nous devenons universel,

mais en même temps nous gardons nos racines dans notre terre originelle.

S’oublier soi-même est se créer soi-même.

 

Taisen Deshimaru

_ *kû : vide, sunyata en sanscrit

_larmes

en fait…

“Le monde distingue si volontiers le bien du mal

Qu’il prend le faux pour le vrai en toute chose

Pendant longtemps, j’ai regardé inconsciemment la montagne se couvrant de neige.

Mais cet hiver, j’ai compris que c’est la neige qui devient montagne“.

Dôgen / Eiheikoroku

_oiseau vert