Ainsi soient-ils

Ma reconnaissance va à tous les êtres qui ont contribué à me donner cette nourriture.

Je reçois ce don de nourriture tout en considérant mes imperfections.

Je veillerai à annihiler la colère et l’avidité, et à combattre l’ignorance, qui me rendraient indignes de cette nourriture.

Je saurai apprécier cette nourriture, sachant qu’elle doit être prise comme un médicament pour la santé du corps.

Je prends cette nourriture afin d’avoir la force nécessaire pour me perfectionner dans la Voie.

La première cuillerée est pour couper tout le mal,

La deuxième, pour pratiquer le bien,

La troisième, pour aider tous les êtres.

 

« SHOKUJI NO OKYO » Sutra des Repas / extraits

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« wouaf wouaf !!!! »

Si nous sommes dogmatiques, les difficultés surgiront.

Le nez du chien n’est pas celui de l’homme,

et l’odeur du pet, détestable pour l’un, sera un grand parfum pour l’autre.

T.Deshimaru

 

regard dans le vide

Écoutez maître Eckhart :

« Même quand nous nous séparons de toutes les créatures

et que nous nous engageons sur la Voie de la vérité,

nous ne sommes pas encore pleinement bienheureux,

bien que notre regard plonge dans la vérité divine.

En effet, tant que nous encore occupés à regarder,

nous ne sommes pas un avec ce que nous regardons.

Tant que quelque chose est encore l’objet de notre intuition,

nous ne sommes pas encore un dans l’Un,

puisque là où il n’y a que l’Un, on ne voit pas plus que l’Un.

C’est parce que Dieu n’est visible que dans la cécité,

n’est connaissable que dans la non-connaissance

et n’est compréhensible que dans le non-sens. »

Les yeux ne peuvent pas se voir eux-mêmes.

André Lemort

Lâchez tout

Dirigez-vous vers l’Endroit

où aucune méditation ne peut parvenir

et à l’état

« Avant » qu’une pensée ne surgisse.

Hakuin

 

La forme n’est pas le contenant innocent

d’un fond immobile,

mais participe au leurre mouvant

qu’est toute production des sens.

Roland Barthes

clair-obscur

Dans la lumière existe l’obscurité,

mais ne la prenez pas pour de l’obscurité.

Dans l’obscurité existe la lumière,

mais ne la regardez pas comme de la lumière.

Sekito Kisen / Sandokai

 

Mei et An, la lumière et l’obscurité.

Par lumière il faut entendre le monde relatif, dualiste des mots,

le monde de la pensée, le monde visible dans lequel nous vivons.

Obscurité désigne l’absolu, où il n’y a ni valeur d’échange,

ni valeur matérialiste, ni même valeur spirituelle

­— le monde que nos mots et nos pensées ne peuvent atteindre.

Vivant dans le monde de la dualité,

nous avons sans doute une compréhension de l’absolu,

que nous assimilons peut-être à la divinité.

Mais dans le bouddhisme, nous n’avons aucune idée particulière de la divinité.

L’absolu est l’absolu parce qu’il se situe au-delà de

la pensée intellectuelle ou dualiste.

Le monde de l’absolu ne peut être nié.

Beaucoup de gens disent que le bouddhisme est athée

parce qu’il n’a aucune idée particulière de Dieu.

Nous n’ignorons pas qu’il y a un absolu

mais nous n’en parlons pas beaucoup, car nous savons

qu’il se situe au-delà des limites de notre mental.

C’est ce qu’on entend pas An, l’obscurité.

Shunryu Suzuki / Sandokai

 

Top chef

La fonction de chef ou de responsable,

quel que soit le domaine de l’activité, y compris celle de cuisinier

requiert trois qualités : joie de vivre, bienveillance et grandeur d’esprit.

 

Joie de vivre signifie que vous êtes heureux d’accomplir votre tâche.

Songez que si vous étiez né dans le Royaume des Dieux,

vous seriez accaparé par tant de divertissements et de plaisir

que vous n’auriez ni le temps ni l’occasion de susciter en vous

l’esprit d’éveil et encore moins de pratiquer.

 

La bienveillance est le sentiment d’un père ou d’une mère pour son enfant.

Que les parents soient pauvres et même dans la misère,

leur tendresse est aussi grande et leurs soins sont aussi attentifs.

Comment expliquer ce sentiment ?

Celui qui n’a pas d’enfant ne peut le comprendre,

il faut être parent soi-même pour le ressentir.

Un père ne considère pas son fils en termes de perte ou de profit,

il pense avant tout à bien l’élever.

 

La grandeur d’esprit, c’est grand comme une montagne, vaste comme l’océan.

C’est un esprit sans idées reçues ou partisanes.

Il ne se réjouit pas quand il n’a qu’une once à porter

et ne s’afflige pas de soulever trente livres.

Même s’il entend l’appel du printemps, il ne va pas sauter de joie

dans la rosée et s’il contemple les couleurs de l’automne,

il ne verse pas de pleurs mélancoliques.

 

Dôgen / Tenzo Kyôkun

 

peurs, mensonges et traditions

Il y avait autrefois un temple, et dans ce temple il y avait une chatte, une chatte de trois couleurs. Comme chacun sait seules les chattes peuvent avoir trois couleurs, pas les chats.

Et cette chatte à chaque zazen venait s’installer dans le dojo en ronronnant contre les genoux des moines.

Alors le maître pensa que ça ne pouvait pas continuer et dit à son premier assistant : «  Tu me règles ce problème de la chatte qui vient déranger les moines pendant zazen ». Celui-ci qui était un vrai bouddhiste pensa qu’il ne pouvait bien sûr pas tuer la chatte. Il demanda donc à un moinillon, un novice, d’attacher la chatte au début du zazen et de la détacher à la fin de la session. Ainsi fut fait. Le moinillon, tout fier de sa responsabilité et de sa pratique — son supérieur lui ayant dit : « C’est ta pratique, donc fait attention »— attachait la chatte à l’entrée du dojo au début de chaque zazen.

Et le temps passa. Et puis un jour, le moinillon un peu avant zazen chercha la chatte et ne la trouva pas. Très inquiet évidemment pour ce qui allait lui arriver, il pensa : « Pourvu que personne ne s’en aperçoive pendant ce zazen, après je verrai ; si je ne trouve pas la chatte, il faudra que j’en trouve une autre à peu près pareille. » A la fin du zazen , le moinillon sortit très vite, mais toujours pas de chatte. Il chercha donc une chatte qui puisse passer pour la chatte du temple, et comme elle avait fait pas mal de petits au cours de son existence, il n’eut pas de mal à trouver. Il ramena la chatte au temple, la cajola, et la nourrit très bien pour qu’elle reste.

De nouveau les semaines et les mois passèrent, le moinillon monta en grade et il transmit sa charge à un jeune novice, qui fier de son rôle continua donc d’attacher la chatte à l’entrée du dojo pendant les séances de zazen.

Et puis les années passèrent. Le maître vieillissait, un peu surpris de voir que la chatte, elle, ne vieillissait pas. Il déclara : « Voyez l’influence du zazen, même la chatte qui est attachée à l’entrée du dojo à chaque zazen en profite puisqu’elle a maintenant un âge canonique, et qu’elle est en peine forme, comme moi ». Ça ne pouvait que motiver davantage les moines pour pratiquer.

Le maître un jour mourut. Après sa mort, ses successeurs continuèrent son enseignement et aucun n’allait se permettre de dire : «  Bon, on vire la chatte, elle ne sert à rien et elle embête tout le monde », les autres responsables auraient aussitôt profité de sa proposition de changer les habitudes du temple pour le critiquer — et éventuellement éliminer un concurrent. Donc on continua. Le moinillon en charge de la chatte et qui l’aimait bien, se dît : « On pourrait quand même lui mettre un coussin, pendant zazen elle serait mieux «. Il trouva un vieux coussin de mokugyo*, de trois couleurs comme la chatte, doré, rouge et vert. Après un certain temps, les responsables, réunis en comité, dirent : « on ne peut pas laisser la chatte sur ce vieux coussin dégueulasse à l’entrée du dojo, on va lui mettre un coussin neuf ». Et ils choisirent un beau coussin doré, rouge et vert de peur d’être accusés d’un manque de respect envers la tradition.

Plus tard on pensa que la vieille gamelle pour nourrir la chatte ne faisait pas sérieux et pour donner une allure de vrai dojo il fallait un bol laqué pour mettre la nourriture de la chatte.Par la suite, il s’établit aussi des règles sur la façon juste d’attacher la chatte dans un vrai temple.

Vint le moment ou les responsables du temple principal s’en furent dans d’autres temples plus petits. Le premier qui s’en fût se dît qu’il fallait faire la même chose dans son temple que dans le temple principal. Il trouva donc une chatte de trois couleurs et l’installa selon les règles.

Ainsi de temple en temple et de siècle en siècle les maîtres transmirent la vraie tradition du rite d’attacher une chatte de trois couleurs pendant chaque zazen.

Longtemps après de doctes érudits étudièrent profondément cette tradition et l’on dénombre actuellement plus de cent trente et un traités sur le symbolisme de cet acte capital qui a changé l’évolution de la pratique, et le premier maître qui fit attacher la chatte pendant le zazen est devenu très célèbre (Bien que son identité ne soit tout à fait certaine).

 André Lemort / La double méprise

*mokugyo: instrument de percussion en bois utiliser dans les rituels

qui suis-je ? où vais-je ? dans quel état j’erre ?

Un démon arriva avec un cadavre sur l’épaule et le laissa choir devant un moine.

À ce moment survint un autre démon :

_ Donne-moi ce cadavre !

_ Non, il est à moi. C’est moi qui l’ai apporté !

Il s’ensuivit une querelle et comme ils n’arrivaient pas à régler le litige,

ils décidèrent d’en référer au moine :

_ Maître, c’est moi qui ai apporté ce cadavre !

_ Oui, en effet, c’est bien toi.

L’autre riposta sur-le-champ : il arracha un bras du moine et le dévora.

Comme le premier démon éprouvait de la sympathie pour le malheureux moine,

il enleva au cadavre un bras et l’accrocha à la place du bras manquant.

Le deuxième démon s’empara de l’autre bras, puis d’une jambe et

de l’autre, de la tête, du tronc et pour finir, tout le corps fut englouti.

Quant au démon compatissant, il s’affairait à remplacer les pièces au fur et à mesure.

C’est ainsi que de transformation en transformation,

il ne resta plus rien au moine de sa personne d’origine :

« Au fond, qui suis-je ? », se demanda-t-il.

Les champignons du père vont à la rencontre du champignon de la mère — et puis bang !

une cellule unique est créée.

Elle fait un séjour dans l’utérus avant de naître et de téter le sein de sa mère.

En grandissant, elle avale toutes sortes de nourritures

dont elle laisse choir le résidu aux toilettes où un démon s’en empare.

Ensuite, elle va au restaurant où un autre démon la répare.

Au bain, la sueur coule, chez le coiffeur, les cheveux tombent

et c’est ainsi que les champignons que nous sommes,

de transformation en transformation, de métamorphose en métamorphose,

arrivent au jour d’aujourd’hui : « Au fond, qui suis-je ? »

 

Kôdô Sâwâki

vagabond

pour mendier ma nourriture je me rends en ville

en chemin je rencontre un vieillard, une vieille connaissance

il me demande « maître, que faites-vous donc,

à demeurer là-bas sur le pic dans les nuages blancs ? »

je lui demande « que faites-vous donc,

à vieillir dans ce monde de poussière rouge ? »

nous sommes pour répondre mais restons tous deux muets

la cloche de la cinquième veille brise mon rêve

Ryokan

_vagabond

 

brut de décoffrage

Ô Vide jaillissant de cette réalité

Dont l’esprit ne saurait épuiser les ressources.

Lorsque l’éveil est là, il n’y a pas d’éveil,

Et la non vacuité est vacuité réelle.

 

Tous les Bouddhas passés présents et à venir

Prennent pour véhicule ce seul enseignement,

Dont la moindre partie de la pointe d’un poil

Embrasse en son entier les innombrables mondes.

 

Il n’y a vraiment rien dont il faille s’enquérir

Comme il n‘est nul endroit où apaiser l’esprit.

Lorsqu’il n’est nul endroit où apaiser l’esprit,

Le Vide lumineux se met à resplendir.

 

L’Inscription sur l’Esprit / Sin-ming (attribué à Nieou-t’eou)

_mister Vide

 

 

l’esprit sans objet

Sommes-nous ici pour que la réalité se manifeste

librement

dans notre forme vitale,

ou pour la rétrécir

par une disposition mentale ?

André Lemort

 

Penser est une abstraction.

Ce n’est pas être, c’est penser être.

Taizan Maezumi

art abstrait

surprise surprise

L’instant doit nous étonner. Nous devons étonner l’instant, tout autant.

Cette culture de l’émerveillement rend nos préoccupations,

nos pensées, nos désirs, nos manques presque vains.

L’instant qui s’illumine devient, lui, si précieux, si entier, si réel !

Dans le surgissement de l’instant, le je-ne-sais-pas devient une évidence.

Toute l’habileté consiste finalement à s’affranchir

de ses propres limitations, à dépasser les clôtures de son personnage,

pour s’ébattre librement, sans dépendre des caractéristiques,

des positions ou des références.

Apprendre à vivre dans le concret nu.

Cette capacité à se dépasser en soi-même, à se transcender,

je l’appelle liberté.

 

Éric Rommeluere / Les bouddhas naissent dans le feu /Seuil

_surprise

Transformers

Malgré son jeune âge, l’on disait de Sessan être

une incarnation de Bouddha Shakyamuni.

Celui-ci avait soif de connaître la vérité de la vie,

aussi se rendit-il dans les montagnes dans l’intention de trouver un maître.

Un jour, alors qu’il était en pleine montagne,

Sessan entendit une voix dire : « Tout est impermanent.

Tel est le Dharma de la naissance et de la mort. »

En entendant ces paroles, Sessan fut profondément saisi.

« D’où vient cette voix ?  »  se demanda-t-il. Il regarda alentour,

mais ne vit personne. Il entendit à nouveau la voix :

« Tout est impermanent. Tel est le Dharma de la naissance et de la mort. »

Sessan aperçut alors un démon d’allure féroce.

Mas sa soif de connaître la vérité de la vie était tellement forte,

qu’il ne ressentit aucune peur.

S’approchant du démon, le jeune garçon demanda :

«  Il doit y avoir une suite à ce poème. S’il vous plaît, dites-la moi. »

Le démon répondit : «  Cela m’est impossible.

J’ai si faim que je suis incapable de dire un mot de plus. »

Sessan le supplia : » S’il vous plaît ! Je vous en prie. Que mangez-vous ?

J’irai vous le chercher et vous l’apporterai. »

Le démon répondit : « Je mange de la chair humaine fraîche. »

Sessan dit : «  Si vous m’enseignez le reste du poème,

je vous offrirai mon propre corps. » Le démon récita alors :

« Réalise l’état de non-vie, de non-mort, de non-changement.

Vois la vacuité. Alors tu seras en nirvana, à l’aise et paisible. »

En entendant cela, Sessan se coupa les doigts

et avec son sang écrivit le poème sur les arbres et les rochers.

Ensuite il se jeta dans la gueule du démon et, à cet instant,

le démon se transforma et se révéla être le dieu Indra.

<a

href="https://unriendutout.WordPress.com/2016/10/24/transformers/les-ailes/#main » rel= »attachment wp-att-3371″>les ailes du démon

 

la pêche au lamparo

 

« Depuis les temps anciens de nombreux sages

et saints ont vécu au bord de l’eau.

Quand ils sont sur l’eau, ils pêchent non seulement du poisson,

mais aussi des hommes et la voie.

Ils font encore mieux : ils s’attrapent eux-mêmes à l’hameçon.

En pêchant le pêcheur, ils sont le pêcheur pêché, pêché par la voie.

«  C’est ainsi que jadis, le moine Te-Cheng

qui avait fui le monastère du mont Yüeh et s’était réfugié

sur le fleuve attrapa le grand sage Shan-hui.

Ne pêchait-il pas à la fois le poisson, l’homme, l’eau et lui-même ?

Shan-hui en rencontrant Te-cheng devint Te-cheng

et Te-cheng en guidant Shan-hui devint Shan-hui. »

 

Dôgen / shôbôgenzô, 29, « Sûtra des montagnes et des rivières »

_pêcher la voie

Bonté divine !

« Mendiez auprès des pauvres

et donnez aux riches. »

Kodo Sawaki

PS: « Si vous voulez savoir ce que Dieu

pense de l’argent,

vous n’avez qu’à regarder à qui il en a donné ! »

Dorothy Parker

_regard

regard dans le vide

Dans les temps anciens, il n’y avait ni lunettes pour regarder le ciel ni rayonX.

Rien de tout cela n’existait.

Il fallait donc, par soi-même, s’équiper d’yeux capables de bien voir

sans  l’aide de télescopes ou de microscopes.

Alors un jour, pour la première fois, un œil perçut la réalité dans sa totalité.

Cet œil extraordinairement perçant se vit lui-même aussi bien que les autres.

Il pénétrait le bonheur et aussi le malheur,

et regardant toute chose en ce monde avec son œil prodigieux,

pour la première fois lui apparut un monde où il n’existait absolument rien.

Kôdô Sawaki

_œil perçant

_ Ça.

Le corps de chair est vide de moi.

L’existence va au gré des jours et des nuits,

sans qu’on puisse en suspendre le cours,

ne serait-ce qu’un instant.

Le visage aux joues roses, où est-il ?

On a beau chercher. Nulle trace de lui.

A la réflexion, on s’aperçoit qu’il y a tant

de choses du passé qui ne sauraient être revécues.

Comme l’éclair, le cœur nu,

sitôt apparu disparaît, sans jamais se figer.

Si le cœur pur est bel et bien vivant,

ce n’est pas à la suite d’un moi qu’on peut le trouver.

Ici même, le cœur s’ouvre sans avant ni après.

Que ce cœur s’éveille et nous rejetons

au loin les jeux du passé,

nous nous mettons à l’écoute de l’inaudible,

nous partons à la connaissance de l’inconnaissable,

sans que rien de cela ne soit notre fait.

Il en est ainsi, sachez-le,

pour la seule et unique raison que nous sommes ça.

 

Dôgen / shôbôgenzô / in-mo

_le cœur s'ouvre

 

sacrée nature !

Un disciple du nom d’Esshin amenait toujours sa vache avec lui

lorsqu’il allait écouter les enseignements de son maître.

Un soir, comme ils rentraient après une lecture sur l’Hoke Kyo (sutra du lotus),

la vache, avec son sabot, écrivit sur le sable du chemin ce tanka :

Ce soir, j’ai entendu que

même les herbes, même les bois,

pouvaient avoir l’esprit du bouddha.

je suis très heureuse

Car j’ai un esprit.

Quelle est la signification de ces lignes ?

La vache pensait que les plantes, les arbres n’avaient pas d’esprit.

Or, elle comprit ce soir-là qu’elle n’était qu’un animal,

mais qu’elle avait un esprit.

« Ainsi, je possède également la nature du Bouddha.

Mon maître m’a donné aujourd’hui un enseignement précieux.

Je peux le comprendre par cet esprit. »

Les arbres, les pierres, les bois, tous les éléments du cosmos entier

possèdent la nature du Bouddha.

 

Taisen Deshimaru / Le bol et le bâton

_sacrée nature

consommation raisonnée et développement durable

Dans son Recueil de la transmission de la lumière, le maître zen Keizan écrivait

à propos de ce moment d’abdication où le corps et l’esprit se dépouillent :

Une fois qu’on a atteint ce lieu, on est comme un panier sans fond ou comme un bol percé.

Quoi qu’on y mette et remette, il ne peut rien contenir, quoi qu’on y verse et reverse,

il ne peut se remplir. Lorsque cet instant survient, on dit que le fond du tonneau a cédé.

Seule l’audace peut nous conduire en ce lieu.

Le calme comme l’absence de calme sont alors délaissés — dépassés.

La méditation zen ne prend sens que sur le fond de cette rupture de toutes les digues intérieures.

Il n’existe aucune méthode qui permette de faire céder le fond du tonneau ;

ni les techniques ni le bâton ne le peuvent.

La seule façon qu’il cède, c’est de se permettre qu’il cède. La clé est là : se permettre.

Nous croyons que des pensées, des images, des malaises nous encombrent.

En réalité, seules les peurs et les confusions nous encombrent vraiment.

Atteindre ce point paraît impossible. Et pourtant, c’est facile : il suffit.

On ressent alors que la méditation n’est pas affaire de calme mais bien de liberté.

Tout devient pur et nu, lumineux et transparent. La lumière originelle irradie de votre squelette.

 

Eric Rommeluère / S’asseoir tout simplement _ Seuil

Tonneau recyclé

 

 

instantané

pas perdus

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le sans-naissance et le sans-mort, c’est la nature entière

(qui naît et qui meurt) à chaque instant.

La nature entière, c’est la naissance, c’est la mort à chaque instant.

Ainsi l’unité de naissance et de mort peut être observé

chez « l’athlète qui étire ses membres » et

chez « celui qui, la nuit, étend le bras derrière lui, cherchant son oreiller ».

Ils déploient en pleine lumière tous les pouvoirs merveilleux.

C’est l’événement dans sa plénitude.

Entièrement happés par le moment présent, la pensée

qu’il y ait eu d’autres moments présents dans le passé ne nous atteint pas.

Et pourtant, il y en eut bel et bien, et chacun de ces moments

fut un moment où la nature entière disparut dans son apparition.

Que la nature entière ait disparu dans son apparition dans le passé

n’empêche pas que la nature entière disparaisse

dans son apparition maintenant.

C’est ainsi que chaque instant est toujours le premier.

 

Dôgen / Shôbôgenzô, zenki /fascicule vingt-deuxième         

 

Star Trek

Toutes nos idées nous restreignent et nous enchaînent ;

lorsque nous les abandonnons, nous nous émerveillons de découvrir

qu’il n’existe aucune limitation intrinsèque.

Nous disons que, d’une façon ou d’une autre, nous sommes limités,

et qu’il nous est, par exemple, impossible de voler,

mais là encore il ne s’agit que d’une notion, rien de plus.

Si je peux voir la vie en tant que Corps de l’Unité,

si je peux voir que tout est un, je peux bien sûr voler, je peux tout faire,

parce que je suis tout et que je suis entrain de tout faire

— à l’instant présent ! Je suis en train de voler,

je tourne autour de la terre, je tourne autour de Mars et je crée des étoiles.

Lorsque je dis que je ne peux pas voler,

je déclare uniquement que mon concept de « je » ne peut pas voler,

parce que mon idée de « moi » est un soi limité et restreint

qui ne perçoit pas son unité avec l’aigle.

En tant qu’être illimité et incommensurable, je peux, de toute évidence voler.

 

Bernie Glassman / Le cercle infini / Méditations sur le sûtra du cœur

S-F

 

Pur Rien

Désormais, la vérité recherchée, celle qui rassurerait enfin,

s’évanouit à mesure qu’on la cherche,

comme l’air qu’un poing en se serrant ne peut jamais saisir.

Non seulement la vérité s’évide, mais tout ce qui surgit à la conscience,

ce que je suis, ce que vous êtes,

notre corps et nos pensées sont « vides ».

Le vide, thème omniprésent dans les Écritures de la Grandeur,

n’est pas un nouveau concept,

il dit une impossible objectivation : rien ne peut être découvert

par-delà le miroitement des apparences.

Le vide est une explication : plus on décompose les choses,

plus elles se réduisent à rien, comme un oignon

dont on enlève les pelures.

Le vide est une proposition : à quoi bon tenter

de saisir ce qui ne peut l’être ?

Objectif et objectivation vont de pair ; l’un et l’autre, la Grandeur les défait.

 

Éric Rommeluère / S’asseoir tout simplement /Seuil

_Pur Rien

 

 

 

 

 

 

 

_ sous nos pieds

Depuis ma naissance,

Je suis un être vivant dans un domaine égaré.

Sottises et égarements sont profonds en moi,

Je ne comprends donc pas que je suis égaré.

Même si je ne parviens pas à l’Éveil,

Si la Voie existait,

Le fruit du bouddhisme serait réalisé

Tout naturellement et sur place.

 

Ikkyû

_ici

 

le champ des contraires

 

“ C’est une croyance générale de penser

que la naissance et la mort alternent,

que l’hiver et l’été se succèdent perpétuellement,

et que toutes les choses s’écoulent comme un courant.

Mais à mon avis, tel n’est point le cas…

La tempête qui fait rage et déracine les montagnes

est toujours en repos,

les rivières qui se précipitent vers la mer

ne s’écoulent pas,

les forces qui circulent dans toutes les directions

sont immobiles,

le soleil et la lune, décrivant leur orbite ne tournent pas“,

 

Sengzhao ( 384-414 )

_le champ

 

 

 

 

à première vue

Si on a des lunettes colorées,

lunettes de moine,

lunettes de philosophe,

d’homme, de femme,

lunettes politiques,

de communiste, de capitaliste,

si on cherche une vérité fixe,

on échoue tout le temps.

 

Etienne Zeisler

TCHIN-TCHIN

seul le vent nous écoute

L’activité est mouvement incessant,

moment après moment.

On ne s’en rend pas compte,

mais l’esprit observe toujours

l’activité au moment même de l’activité.

Quand vous observez l’activité,

elle est immédiatement

forme ou expérience.

Mais au cœur même de l’activité,

il n’y a pas de forme.

Tout ce que vous avez à faire est d’être là.

C’est l’unité.

 

Dainin Katagiri

là

 

zanshin*

Lorsque vous partez pour le voyage

dans le domaine de la mort,

vous abandonnez femme, enfants et argent.

Lorsque vous partez pour ce voyage,

vous n’entendez rien, vous ne voyez rien.

Vous franchirez la porte sans savoir où aller

et vous cheminerez sur une route noire,

dans l’obscurité.

À ce moment-là, vous regretterez infiniment.

Hakuin

 

*zanshin: continuation. En kyudo, le tir ne s’arrête pas au lâcher de la flèche, il se termine avec le « zanshin ».

Zanshin signifie soit « le corps restant« , soit « l’esprit restant« .

« Hanare o yumi ni

Shirasenu zo yoki. »

L’arc ne doit jamais savoir

Lorsque la flèche va partir.

HANARE

 

Aug 6-9, 1945

Nous avons tous le fantasme de faire les choses d’une façon prétendument juste :

qu’est-ce que cela veut dire ?

Rien de tel n’existe en réalité ! Dans la pratique du zen, on ne peut parler d’action juste

qu’après avoir réalisé et intégré le Corps de l’Unité

(en réalité, il n’y a pas d’« après » : réalisation et intégration continuent

sans fin ni commencement).

Quel que soit le « problème » auquel nous sommes confrontés,

la pratique nous aide à éliminer ce qui le sépare de nous-mêmes ;

elle nous permet de « devenir » le problème.

Cela ne veut pas dire que nous allons, comme par magie, toujours faire ce qu’il faut,

mais que notre fonctionnement ne dépend plus de notre conceptualisation,

il est devenu plus libre. Avec une telle liberté de fonctionnement,

il y a plus de chances que nous répondions aux événements de façon appropriée.

Sans séparation, nous sentons qu’il n’y a pas non plus de choix :

étant la situation, on répond, et cette réponse, c’est d’être la situation elle-même.

 

Bernie Glassman / le cercle infini / méditations sur le Sûtra du Cœur

 

Hiroshima

Ohé, ohé, matelot !…

Il n’y a pas un seul ­­­instant,

il n’y a pas une seule chose qui soient séparés de la vie.

Il n’y a pas un seul phénomène,

il n’y a pas une seule pensée qui soient séparés de la vie.

Venir à la vie, c’est, peut-on dire, comme monter sur un bateau.

Sitôt à bord, nous hissons la voile, nous manœuvrons la barre.

Bien que ce soit nous qui le fassions avancer à l’aide de la perche,

c’est bien le bateau qui nous porte et nous transporte ;

sans le bateau nous ne sommes pas.

En montant à bord, nous faisons du bateau un bateau à part entière.

Étudiez cet instant avec application.

Cet instant est celui où le monde entier

et le bateau sont un seul et même monde.

Tout­—le ciel, l’eau, le rivage et le bateau—est un seul et même moment.

Qu’il puisse y avoir de tels moments sans le bateau,

c’est une autre histoire.

Ainsi peut-on dire que la vie, c’est la vie en nous, que nous,

c’est nous dans la vie.

L’instant de notre montée à bord est celui de l’ouverture

de la nature entièr­e—notre corps et notre cœur, notre for intérieur,

tout ce qui nous entoure, la terre immense et le grand ciel vide.

La vie, c’est nous, nous, c’est la vie, c’est du pareil au même.

Dôgen / shôbôgenzô zenki

BOOM

 

 

 

 

 

shin shin

La notion de shen (shin, en japonais), souvent traduite par âme,

esprit, force mystérieuse, est l’une des plus importantes de la pensée est-asiatique.

Nul n’a mieux défini le shen que Romain Graziani, dans son article intitulé

Quand l’esprit demeure tout seul :

“ Il (le shen) est le régime de perception et d’action optimal d’une personne.

Le shen est ce que l’on devient lorsqu’on a cessé de se constituer comme un individu déterminé.

Il substitue à l’illusion d’un moi stable un ensemble de puissances

en qui prend corps l’expérience originaire de l’animation.

Mais il est aussi une forme d’activité où rien d’inerte ne fait barrage, l’intelligence spontanée

des processus naturels “.

 

Charles Vacher/ Dôgen, shôbôgenzô zenki

_plénitude

appeler un chat un chat

Dans le Soûtra du Diamant ; en sanskrit le Vajracchedikâ-prajnâpârâmitâ Sûtra,

le Bouddha dit : « De ces réalités du Bouddha qu’on appelle réalités du Bouddha,

le thatagata* a dit qu’elles ne sont pas des réalités du Bouddha et c’est bien pourquoi

on les appelle réalités du Bouddha. » Cette phrase peut prêter à rire ou paraître bizarre.

Moi, elle m’a vraiment aidé. C’est même elle qui m’aide le plus à accepter,

ou plutôt à accueillir mon handicap—parce qu’il n’y a rien à accepter.

Accepter, cela implique un moi qui accepte. Or le moi n’a rien à faire dans l’histoire.

J’ai compris un jour que le moi est programmé pour refuser. Il s’agit donc davantage

de « laisser être » que d’accepter. Accepter, c’est encore du travail pour le moi.

« Il faut accepter » : cet impératif lui demande du travail.

La phrase du Soûtra du Diamant que je citais revient sans cesse dans les paroles

du Bouddha, et pourrait être résumé ainsi : Le Bouddha n’est pas le Bouddha,

c’est pourquoi je l’appelle le Bouddha.» C’est un exercice de non-fixation.

Je n’ai pas perçu la radicalité de cette phrase avant de l’avoir appliquée à ce qui m’est

le plus cher dans la vie : «  Ma femme n’est pas ma femme, c’est pourquoi je l’appelle ma femme. »

Ma femme n’est effectivement pas ce que je crois qu’elle est.

Si je dis : « Ma femme c’est ça », je la fige, je l’enferme dans des étiquettes,

et je la tue, pour ainsi dire. « Ma femme n’est pas ma femme,

c’est pourquoi je l’appelle ma femme » : c’est seulement à partir du moment où je sais

que les étiquettes enferment les choses et les gens—et que cela les tue—,

que je peux en faire usage.

C’est seulement quand je sais que les mots ne sont que des étiquettes que je peux

appeler un chat un chat.

 

Alexandre Jollien /Petit traité de l’abandon

*Littéralement le thatagata est « celui qui s’en est allé « , c’est-à-dire qui a quitté le monde de la manifestation pour atteindre la libération totale. Terme par lequel se désignait le Bouddha.

chatquirit

les Riens du Tout*

À proprement parler, les bouddhistes n’ont pas d’enseignement.

Nous n’avons ni Dieu ni divinités. Nous n’avons rien.

Ce que nous avons c’est justement ce rien, voilà tout.

Alors, comment les bouddhistes peuvent-ils être religieux ?

Quel genre de sérénité est la nôtre ? On peut se le demander.

La réponse ne réside pas dans une conception spéciale de Dieu ou de la divinité,

mais plutôt dans la compréhension de la réalité qui est devant nous.

Où sommes-nous ? Que faisons-nous ? Qui est-il ? Qui est-elle ?

Lorsqu’on observe ainsi les choses, on n’a pas besoin

d’un enseignement spécial sur Dieu, vu que tout est Dieu pour nous.

Instant après instant, nous avons Dieu en face de nous.

Et chacun d’entre nous est également Dieu ou Bouddha.

Aussi n’avons-nous besoin d’aucune idée spéciale de Dieu.

 

Shunryu Suzuki

*  voir photo et texte sur ce sujet dans « à propos »

_kesa du vide

présence-absence

On voit avant même de voir.

Lorsqu’on voit, on ne fait que revoir.

Shenxiu

 

Ce que nous voyons des choses, ce sont les choses.

Pourquoi verrions-nous une chose s’il y en avait une autre ?

Pourquoi le fait de voir et d’entendre serait-il illusion,

si voir et entendre c’est vraiment voir et entendre ?

 

L’essentiel c’est qu’on sache voir,

qu’on sache voir sans se mettre à penser,

qu’on sache voir lorsqu’on voit,

sans même penser lorsque l’on voit

ni voir lorsque l’on pense.

Fernando Pessoa

 

Voir c’est être délesté du moi et du mien.

Dôgen / shôbôgenzô busshô

square

 

 

 

_ on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise !

À n’écouter que des choses qu’on peut comprendre,

on ne comprendra jamais le monde humain,

parce que le monde humain nous reste incompréhensible.

C’est pourquoi nous devons écouter des choses

que nous ne comprenons pas ;

tôt ou tard, elles nous deviendront compréhensibles.

 

Dainin Katagiri

 

 Ailleurs

perspective cavalière

Les êtres humains depuis toujours

ont spontanément mis en doute les multiples choses

qu’ils ne connaissaient pas.

Donc, la mise en doute de maintenant ne coïncide pas

nécessairement avec les mises en doute ultérieures.

Mettre en doute n’est rien d’autre que temps.

 

Nous nous plaçons tous en ordre de succession et

nous considérons cela comme l’univers entier.

 

Nous devons regarder chaque individu et

chaque chose de l’univers comme un [seul] temps.

Les choses ne se font pas obstacle entre elles ;

de même, le temps ne fait pas obstacle au temps.

C’est ainsi que le temps suscite l’esprit,

que l’esprit suscite le temps, simultanément.

Il en est de même pour pratique et éveil.

 

Nous tous sommes en ordre de succession

et nous le voyons.

 

C’est là notre vérité comme temps.

 

Dôgen / Shôbôgenzô _ Uji

Perspective

 

une hirondelle ne fait pas le printemps

La régénération est comme le printemps.

Le printemps a plusieurs visages.

C’est ce que l’on appelle régénération.

Sachez que la régénération s’opère sans apport extérieur.

Par exemple, la régénération du printemps invariablement

régénère le printemps.

Bien que la régénération elle-même

ne soit pas nécessairement le printemps,

parce qu’il s’agit ici de la régénération du printemps,

la régénération du printemps atteint l’éveil maintenant,

au temps du printemps.

 

Sans la régénération de ma combustion,

à ce moment précis,

aucun dharma et aucune chose ne pourraient exister,

[aucun dharma et autre chose] ne pourraient se régénérer.

Cela, vous devez l’étudier.

 

Dôgen / shôbôgenzô /uji /être-temps

_volets noirs