vagabond

pour mendier ma nourriture je me rends en ville

en chemin je rencontre un vieillard, une vieille connaissance

il me demande « maître, que faites-vous donc,

à demeurer là-bas sur le pic dans les nuages blancs ? »

je lui demande « que faites-vous donc,

à vieillir dans ce monde de poussière rouge ? »

nous sommes pour répondre mais restons tous deux muets

la cloche de la cinquième veille brise mon rêve

Ryokan

_vagabond

 

_ Ça.

Le corps de chair est vide de moi.

L’existence va au gré des jours et des nuits,

sans qu’on puisse en suspendre le cours,

ne serait-ce qu’un instant.

Le visage aux joues roses, où est-il ?

On a beau chercher. Nulle trace de lui.

A la réflexion, on s’aperçoit qu’il y a tant

de choses du passé qui ne sauraient être revécues.

Comme l’éclair, le cœur nu,

sitôt apparu disparaît, sans jamais se figer.

Si le cœur pur est bel et bien vivant,

ce n’est pas à la suite d’un moi qu’on peut le trouver.

Ici même, le cœur s’ouvre sans avant ni après.

Que ce cœur s’éveille et nous rejetons

au loin les jeux du passé,

nous nous mettons à l’écoute de l’inaudible,

nous partons à la connaissance de l’inconnaissable,

sans que rien de cela ne soit notre fait.

Il en est ainsi, sachez-le,

pour la seule et unique raison que nous sommes ça.

 

Dôgen / shôbôgenzô / in-mo

_le cœur s'ouvre

 

le Roi lion

“Quand rugit le lion, roi des bêtes sauvages, les lionceaux se sentent fortifiés, et par là comme nourris, alors que les autres animaux, épouvantés, s’enfuient. De même, quand le Tathâgatha *, lion de l’humanité, pousse le rugissement de la toute-connaissance qui approuve la Bodhichitta **, tous les Bodhisattvas*** qui sont fils du lion Bouddha, sont nourris en vérités bouddhiques alors que s’enfuient ceux qui sont consacrés à leurs connaissances inférieures.“

Ganda-vyûha sûtra

*    _ “Celui qui parvint ( à l’illumination)“ . Un des Dix Titres du Bouddha dont le Parfait se servait en parlant de lui-même ou des autres bouddhas.
**  _ Bodhichitta : “ esprit d’éveil “
***_ Bodhisattva : “ être éveillé “

 
doudou

le monde à l’envers

La véritable connaissance, c’est de savoir chaque jour que l’on n’apprendra, en fin de compte, rien ; car le rien est aussi connaissance étant l’envers du tout, comme l’air est l’envers de l’aile.

Edmond Jabès / Le livre de l’absent