Top chef

La fonction de chef ou de responsable,

quel que soit le domaine de l’activité, y compris celle de cuisinier

requiert trois qualités : joie de vivre, bienveillance et grandeur d’esprit.

 

Joie de vivre signifie que vous êtes heureux d’accomplir votre tâche.

Songez que si vous étiez né dans le Royaume des Dieux,

vous seriez accaparé par tant de divertissements et de plaisir

que vous n’auriez ni le temps ni l’occasion de susciter en vous

l’esprit d’éveil et encore moins de pratiquer.

 

La bienveillance est le sentiment d’un père ou d’une mère pour son enfant.

Que les parents soient pauvres et même dans la misère,

leur tendresse est aussi grande et leurs soins sont aussi attentifs.

Comment expliquer ce sentiment ?

Celui qui n’a pas d’enfant ne peut le comprendre,

il faut être parent soi-même pour le ressentir.

Un père ne considère pas son fils en termes de perte ou de profit,

il pense avant tout à bien l’élever.

 

La grandeur d’esprit, c’est grand comme une montagne, vaste comme l’océan.

C’est un esprit sans idées reçues ou partisanes.

Il ne se réjouit pas quand il n’a qu’une once à porter

et ne s’afflige pas de soulever trente livres.

Même s’il entend l’appel du printemps, il ne va pas sauter de joie

dans la rosée et s’il contemple les couleurs de l’automne,

il ne verse pas de pleurs mélancoliques.

 

Dôgen / Tenzo Kyôkun

 

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la pêche au lamparo

 

« Depuis les temps anciens de nombreux sages

et saints ont vécu au bord de l’eau.

Quand ils sont sur l’eau, ils pêchent non seulement du poisson,

mais aussi des hommes et la voie.

Ils font encore mieux : ils s’attrapent eux-mêmes à l’hameçon.

En pêchant le pêcheur, ils sont le pêcheur pêché, pêché par la voie.

«  C’est ainsi que jadis, le moine Te-Cheng

qui avait fui le monastère du mont Yüeh et s’était réfugié

sur le fleuve attrapa le grand sage Shan-hui.

Ne pêchait-il pas à la fois le poisson, l’homme, l’eau et lui-même ?

Shan-hui en rencontrant Te-cheng devint Te-cheng

et Te-cheng en guidant Shan-hui devint Shan-hui. »

 

Dôgen / shôbôgenzô, 29, « Sûtra des montagnes et des rivières »

_pêcher la voie

culture raisonnée

« Les fleurs fanent même si les hommes les aiment

et la mauvaise herbe pousse même si l’homme ne l’aime pas. »

Dôgen

 

De cette même terre que vous aviez faite était une matière informe,

puisqu’elle n’était ni visible ni formée,

et que les ténèbres étaient répandues sur la face de l’abîme.

C’est donc de cette terre invisible et déserte ;

c’est de cette matière informe ; c’est de ce presque rien

que vous avez fait toutes les choses par lesquelles

ce monde inconstant subsiste et ne subsiste pas.

Et c’est dans ce monde que la mutabilité commence à paraître,

et que l’on y peut remarquer et compter les temps,

parce qu’ils naissent des changements qui arrivent dans les choses,

selon que ces forment qui ont eu pour matière

cette terre invisible dont j’ai parlé, s’altèrent ou se changent en elles.

Saint Augustin

_camélia-

 

 

 

_ Ça.

Le corps de chair est vide de moi.

L’existence va au gré des jours et des nuits,

sans qu’on puisse en suspendre le cours,

ne serait-ce qu’un instant.

Le visage aux joues roses, où est-il ?

On a beau chercher. Nulle trace de lui.

A la réflexion, on s’aperçoit qu’il y a tant

de choses du passé qui ne sauraient être revécues.

Comme l’éclair, le cœur nu,

sitôt apparu disparaît, sans jamais se figer.

Si le cœur pur est bel et bien vivant,

ce n’est pas à la suite d’un moi qu’on peut le trouver.

Ici même, le cœur s’ouvre sans avant ni après.

Que ce cœur s’éveille et nous rejetons

au loin les jeux du passé,

nous nous mettons à l’écoute de l’inaudible,

nous partons à la connaissance de l’inconnaissable,

sans que rien de cela ne soit notre fait.

Il en est ainsi, sachez-le,

pour la seule et unique raison que nous sommes ça.

 

Dôgen / shôbôgenzô / in-mo

_le cœur s'ouvre

 

instantané

pas perdus

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le sans-naissance et le sans-mort, c’est la nature entière

(qui naît et qui meurt) à chaque instant.

La nature entière, c’est la naissance, c’est la mort à chaque instant.

Ainsi l’unité de naissance et de mort peut être observé

chez « l’athlète qui étire ses membres » et

chez « celui qui, la nuit, étend le bras derrière lui, cherchant son oreiller ».

Ils déploient en pleine lumière tous les pouvoirs merveilleux.

C’est l’événement dans sa plénitude.

Entièrement happés par le moment présent, la pensée

qu’il y ait eu d’autres moments présents dans le passé ne nous atteint pas.

Et pourtant, il y en eut bel et bien, et chacun de ces moments

fut un moment où la nature entière disparut dans son apparition.

Que la nature entière ait disparu dans son apparition dans le passé

n’empêche pas que la nature entière disparaisse

dans son apparition maintenant.

C’est ainsi que chaque instant est toujours le premier.

 

Dôgen / Shôbôgenzô, zenki /fascicule vingt-deuxième         

 

Ohé, ohé, matelot !…

Il n’y a pas un seul ­­­instant,

il n’y a pas une seule chose qui soient séparés de la vie.

Il n’y a pas un seul phénomène,

il n’y a pas une seule pensée qui soient séparés de la vie.

Venir à la vie, c’est, peut-on dire, comme monter sur un bateau.

Sitôt à bord, nous hissons la voile, nous manœuvrons la barre.

Bien que ce soit nous qui le fassions avancer à l’aide de la perche,

c’est bien le bateau qui nous porte et nous transporte ;

sans le bateau nous ne sommes pas.

En montant à bord, nous faisons du bateau un bateau à part entière.

Étudiez cet instant avec application.

Cet instant est celui où le monde entier

et le bateau sont un seul et même monde.

Tout­—le ciel, l’eau, le rivage et le bateau—est un seul et même moment.

Qu’il puisse y avoir de tels moments sans le bateau,

c’est une autre histoire.

Ainsi peut-on dire que la vie, c’est la vie en nous, que nous,

c’est nous dans la vie.

L’instant de notre montée à bord est celui de l’ouverture

de la nature entièr­e—notre corps et notre cœur, notre for intérieur,

tout ce qui nous entoure, la terre immense et le grand ciel vide.

La vie, c’est nous, nous, c’est la vie, c’est du pareil au même.

Dôgen / shôbôgenzô zenki

BOOM

 

 

 

 

 

shin shin

La notion de shen (shin, en japonais), souvent traduite par âme,

esprit, force mystérieuse, est l’une des plus importantes de la pensée est-asiatique.

Nul n’a mieux défini le shen que Romain Graziani, dans son article intitulé

Quand l’esprit demeure tout seul :

“ Il (le shen) est le régime de perception et d’action optimal d’une personne.

Le shen est ce que l’on devient lorsqu’on a cessé de se constituer comme un individu déterminé.

Il substitue à l’illusion d’un moi stable un ensemble de puissances

en qui prend corps l’expérience originaire de l’animation.

Mais il est aussi une forme d’activité où rien d’inerte ne fait barrage, l’intelligence spontanée

des processus naturels “.

 

Charles Vacher/ Dôgen, shôbôgenzô zenki

_plénitude

présence-absence

On voit avant même de voir.

Lorsqu’on voit, on ne fait que revoir.

Shenxiu

 

Ce que nous voyons des choses, ce sont les choses.

Pourquoi verrions-nous une chose s’il y en avait une autre ?

Pourquoi le fait de voir et d’entendre serait-il illusion,

si voir et entendre c’est vraiment voir et entendre ?

 

L’essentiel c’est qu’on sache voir,

qu’on sache voir sans se mettre à penser,

qu’on sache voir lorsqu’on voit,

sans même penser lorsque l’on voit

ni voir lorsque l’on pense.

Fernando Pessoa

 

Voir c’est être délesté du moi et du mien.

Dôgen / shôbôgenzô busshô

square

 

 

 

perspective cavalière

Les êtres humains depuis toujours

ont spontanément mis en doute les multiples choses

qu’ils ne connaissaient pas.

Donc, la mise en doute de maintenant ne coïncide pas

nécessairement avec les mises en doute ultérieures.

Mettre en doute n’est rien d’autre que temps.

 

Nous nous plaçons tous en ordre de succession et

nous considérons cela comme l’univers entier.

 

Nous devons regarder chaque individu et

chaque chose de l’univers comme un [seul] temps.

Les choses ne se font pas obstacle entre elles ;

de même, le temps ne fait pas obstacle au temps.

C’est ainsi que le temps suscite l’esprit,

que l’esprit suscite le temps, simultanément.

Il en est de même pour pratique et éveil.

 

Nous tous sommes en ordre de succession

et nous le voyons.

 

C’est là notre vérité comme temps.

 

Dôgen / Shôbôgenzô _ Uji

Perspective

 

une hirondelle ne fait pas le printemps

La régénération est comme le printemps.

Le printemps a plusieurs visages.

C’est ce que l’on appelle régénération.

Sachez que la régénération s’opère sans apport extérieur.

Par exemple, la régénération du printemps invariablement

régénère le printemps.

Bien que la régénération elle-même

ne soit pas nécessairement le printemps,

parce qu’il s’agit ici de la régénération du printemps,

la régénération du printemps atteint l’éveil maintenant,

au temps du printemps.

 

Sans la régénération de ma combustion,

à ce moment précis,

aucun dharma et aucune chose ne pourraient exister,

[aucun dharma et autre chose] ne pourraient se régénérer.

Cela, vous devez l’étudier.

 

Dôgen / shôbôgenzô /uji /être-temps

_volets noirs

 

 

 

 

choses et autres

La vacuité est l’énergie qui énonce rien !

La vacuité dont nous parlons n’est pas la vacuité de l’expression les choses, ça c’est le vide*.

Les choses, ça c’est le vide ne veut pas dire que les phénomènes puissent être évidés

ou que le vide puisse se scinder pour former des maîtres zen **.

Ce que nous appelons vacuité ne peut être que la vacuité de [l’expression] la vacuité est vacuité.

Le vacuité de l’expression la vacuité est vacuité, c’est le ciel immense [dans] un éclat de pierre.

Dôgen / shôbôgenzô « busshô

 

* Les choses, ça c’est le vide est la citation célèbre du Sutra du cœur. Dôgen ne s’en satisfait pas car elle implique les dualités entre phénomènes et vide et entre existence et essence. Il lui préfère :  la vacuité est ( vide de ) de vacuité.

** Au temps de Dôgen, sakke signifiait maître zen . En japonais moderne, le nom composé des mêmes caractères, alors prononcés sakka, signifie écrivain.

 

_les choses

 

la bosse du zen

Dans le chapitre du Shôbôgenzô « Gyôji »,

Maître Dôgen parle de l’histoire du deuxième patriarche Eka.

Un être mystique lui apparaît et lui dit :

«  Si vous voulez que le fruit de vos efforts mûrisse, pourquoi vous attarder ici ?

La grande vérité n’est pas loin. Vous devez aller au sud ! »

Le jour suivant, Eka ressentit un fort mal de tête et

se rendit auprès de son maître, Maître Kozan Hojo.

Maître Kozan Hojo était sur le point de soulager la douleur

lorsqu’une voix venant du ciel dit : « Ceci (ce mal) a pour but de changer

votre cerveau, ce n’est pas une douleur ordinaire. »

Eka raconte alors à son maître sa rencontre avec l’être mystique.

Quand le maître regarda le haut du crâne du Patriarche (Eka),

des bosses avaient enflé et ressemblaient au cinq montagnes.

Maître Kozan dit : « Votre aspect est un bon présage ;

vous atteindrez certainement la réalisation.

La raison pour laquelle l’être mystique vous a dit d’aller vers le sud

doit être que le grand homme Bodhidharma du temple de Shôrinji

est destiné à devenir votre maître. »

Eka se rend à Shaolin. C’est l’hiver

(on dit qu’il arrive le neuvième jour du douzième mois).

 

_monts chauves

 

On ne parle pas la bouche pleine

Dans le « Zuimonki »*, chapitre 2, Maître Dôgen raconte :

Un jour Dôgen dit : j’étais dans un monastère zen en Chine en train de lire les dits des maîtres anciens et un moine du Se Chuan m’a demandé : « À quoi sert de lire les paroles de zen ? » J’ai répondu : «  c’est pour comprendre les actions des anciens maîtres. » Le moine m‘a dit : « À quoi est-ce que ça sert ? » J’ai répondu : « Je veux être capable de guider les autres lorsque je reviendrais au Japon. » Le moine m’a demandé : « À quoi est-ce que cela sert ?— Faire du bien à tous les êtres » ai-je dit. Le moine alors m’a demandé : « À quoi cela sert-il au bout du compte ? »

À un moment donné, Dôgen Zenji ne peut plus répondre, et peut-être est-il resté longtemps à se demander ce que cela voulait dire. En effet, il arrive que les paroles d’un maître se dressent en face de vous, comme une colonne : dans ce cas, il faut s’arrêter et rester là-dessus. C’est ce qu’à fait Maître Dôgen :

Et j’y ai pensé plus tard. En lisant les paroles de zen et les koans et en comprenant les actions des maîtres zen de l’ancien temps pour les prêcher à des gens qui sont dans l’illusion, tout cela , au bout du compte est sans propos aussi bien pour sa propre pratique que pour guider les autres. Si nous clarifions le principe vital en étant assis de façon concentrée en zazen, vous avez des moyens qui permettent de guider les autres même si vous ne savez pas dire un mot. Et c’est pourquoi ce moine parlait de « l’utilité au bout du compte ». En acceptant que ce qu’il disait était le vrai principe, j’ai fini par arrêter de lire les textes zen et d’autres écrits et je fus ainsi capable de m’éveiller au principe vital.

* « Zuimonki » : compilation de brefs enseignements informels de Dôgen, transcrits par Koun Ejô(1198-1280), son principal disciple.

 

_tartine

 

 

 

 

en fait…

“Le monde distingue si volontiers le bien du mal

Qu’il prend le faux pour le vrai en toute chose

Pendant longtemps, j’ai regardé inconsciemment la montagne se couvrant de neige.

Mais cet hiver, j’ai compris que c’est la neige qui devient montagne“.

Dôgen / Eiheikoroku

_oiseau vert

la meilleure façon de marcher

“Pour les moines qui vivent dans la salle de méditation, le plus important est de marcher lentement. Parmi les anciens des dernières générations, en quelque contrée que ce soit, nombreux sont ceux qui l’ignorent et très peu ceux qui le connaissent. La marche lente consiste à régler le mouvement des pieds sur la respiration. On marche sans regarder les pieds, sans incliner ni lever la tête. Vu de côté, c’est comme si on restait debout au même endroit. Les épaules et la poitrine ne doivent pas bouger.“

Le maître allait et venait entre les parties est et ouest de la salle Daikô-myôzô afin que Dôgen puisse l’observer. Puis il disait : “De nos jours, qui sait marcher lentement à part ce vieux moine ? Si vous avisiez les anciens de quelque région que ce soit et que vous les observiez, vous verriez certainement qu’aucun ne l’a jamais su.“

Hôkyô ki

_kin in

un chasseur sachant chasser

Le Maître donna cet enseignement :

Qu’elles soient bonnes, qu’elles soient mauvaises, les actions des bouddhistes sont toutes effectuées dans une certaine intention. Les profanes n’en ont pas idée.

Jadis le Maître Eshin fit chasser un cerf qui paissait devant le jardin.

Alors quelqu’un lui demanda : “ Le Maître a l’air de ne pas avoir de compassion. En épargnant de l’herbe, est-ce que vous n’ennuyez pas cette bête ? “ Le Maître dit : “ Pas du tout. Si je ne le chassais pas, ce cerf finirait par s’habituer aux humains et s’il s’approchait d’un mauvais homme, il serait certainement tué. C’est pour cette raison que je le chasse. “

En chassant ce cerf, bien que cela eût l ‘air de manquer de compassion, il était au fond de lui profondément compatissant.

Ce fut ainsi.

Dôgen / Shôbô Genzô Zuimonki / Le Trésor de la Vraie Loi

_ESHIN

Eternity

« Dans ce monde un Kesa s’actualise pour toujours. La réalité d’un moment est la réalité de l’éternité. La valeur du Kesa transcende le temps et l’espace. Si nous acceptons ce Kesa, nous acceptons le symbole de Bouddha. Par ce principe, chaque Bouddha a accepté un Kesa, et de ce fait est devenu sûrement un Bouddha. »

Dogen Zen ji / Shobogenzo den e

cinq bandes

Rivières de diamant*

Celui qui peut distinguer un vrai

d’un faux kesa

est au-delà du satori.

Maître Dogen / Shobogenzo “Den e“

*les rivières de diamant sont des lignes de points servant à fixer les attaches du kesa