surprise surprise

L’instant doit nous étonner. Nous devons étonner l’instant, tout autant.

Cette culture de l’émerveillement rend nos préoccupations,

nos pensées, nos désirs, nos manques presque vains.

L’instant qui s’illumine devient, lui, si précieux, si entier, si réel !

Dans le surgissement de l’instant, le je-ne-sais-pas devient une évidence.

Toute l’habileté consiste finalement à s’affranchir

de ses propres limitations, à dépasser les clôtures de son personnage,

pour s’ébattre librement, sans dépendre des caractéristiques,

des positions ou des références.

Apprendre à vivre dans le concret nu.

Cette capacité à se dépasser en soi-même, à se transcender,

je l’appelle liberté.

 

Éric Rommeluere / Les bouddhas naissent dans le feu /Seuil

_surprise

_ Ça.

Le corps de chair est vide de moi.

L’existence va au gré des jours et des nuits,

sans qu’on puisse en suspendre le cours,

ne serait-ce qu’un instant.

Le visage aux joues roses, où est-il ?

On a beau chercher. Nulle trace de lui.

A la réflexion, on s’aperçoit qu’il y a tant

de choses du passé qui ne sauraient être revécues.

Comme l’éclair, le cœur nu,

sitôt apparu disparaît, sans jamais se figer.

Si le cœur pur est bel et bien vivant,

ce n’est pas à la suite d’un moi qu’on peut le trouver.

Ici même, le cœur s’ouvre sans avant ni après.

Que ce cœur s’éveille et nous rejetons

au loin les jeux du passé,

nous nous mettons à l’écoute de l’inaudible,

nous partons à la connaissance de l’inconnaissable,

sans que rien de cela ne soit notre fait.

Il en est ainsi, sachez-le,

pour la seule et unique raison que nous sommes ça.

 

Dôgen / shôbôgenzô / in-mo

_le cœur s'ouvre

 

instantané

pas perdus

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le sans-naissance et le sans-mort, c’est la nature entière

(qui naît et qui meurt) à chaque instant.

La nature entière, c’est la naissance, c’est la mort à chaque instant.

Ainsi l’unité de naissance et de mort peut être observé

chez « l’athlète qui étire ses membres » et

chez « celui qui, la nuit, étend le bras derrière lui, cherchant son oreiller ».

Ils déploient en pleine lumière tous les pouvoirs merveilleux.

C’est l’événement dans sa plénitude.

Entièrement happés par le moment présent, la pensée

qu’il y ait eu d’autres moments présents dans le passé ne nous atteint pas.

Et pourtant, il y en eut bel et bien, et chacun de ces moments

fut un moment où la nature entière disparut dans son apparition.

Que la nature entière ait disparu dans son apparition dans le passé

n’empêche pas que la nature entière disparaisse

dans son apparition maintenant.

C’est ainsi que chaque instant est toujours le premier.

 

Dôgen / Shôbôgenzô, zenki /fascicule vingt-deuxième         

 

Star Trek

Toutes nos idées nous restreignent et nous enchaînent ;

lorsque nous les abandonnons, nous nous émerveillons de découvrir

qu’il n’existe aucune limitation intrinsèque.

Nous disons que, d’une façon ou d’une autre, nous sommes limités,

et qu’il nous est, par exemple, impossible de voler,

mais là encore il ne s’agit que d’une notion, rien de plus.

Si je peux voir la vie en tant que Corps de l’Unité,

si je peux voir que tout est un, je peux bien sûr voler, je peux tout faire,

parce que je suis tout et que je suis entrain de tout faire

— à l’instant présent ! Je suis en train de voler,

je tourne autour de la terre, je tourne autour de Mars et je crée des étoiles.

Lorsque je dis que je ne peux pas voler,

je déclare uniquement que mon concept de « je » ne peut pas voler,

parce que mon idée de « moi » est un soi limité et restreint

qui ne perçoit pas son unité avec l’aigle.

En tant qu’être illimité et incommensurable, je peux, de toute évidence voler.

 

Bernie Glassman / Le cercle infini / Méditations sur le sûtra du cœur

S-F

 

Tout du Moins

D’instant en instant, tout sort du rien. Ceci est la vraie joie de la vie.

Pour une plante ou une pierre, être naturel ne pose pas de problème. Mais pour nous cela pose un problème, et un gros problème. Être naturel nous demande un certain travail. Quand ce que vous faites vient simplement du rien, vous éprouvez une sensation toute neuve. Par exemple, quand vous avez faim, prendre de la nourriture est naturel. Vous vous sentez naturel. Mais quand vous attendez trop de ce repas, prendre de la nourriture n’est pas naturel. Vous n’éprouvez pas de sensation neuve. Vous ne savez pas l’apprécier.

Ce naturel est très difficile à expliquer. Mais si vous pouvez simplement être assis et faire l’expérience du rien dans votre pratique, il n’y a pas besoin d’explication. Si cela vient du rien, tout ce que vous faites est naturel.

Sans le rien, il n’y a pas de naturel — pas de véritable être. Le véritable être vient du rien, d’instant en instant. Le rien est toujours là, et tout surgit de lui. Mais d’habitude, vous oubliez complètement le rien et vous vous comportez comme si vous possédiez quelque chose.

Shunryu Suzuki

_mine de rien