_ Ça.

Le corps de chair est vide de moi.

L’existence va au gré des jours et des nuits,

sans qu’on puisse en suspendre le cours,

ne serait-ce qu’un instant.

Le visage aux joues roses, où est-il ?

On a beau chercher. Nulle trace de lui.

A la réflexion, on s’aperçoit qu’il y a tant

de choses du passé qui ne sauraient être revécues.

Comme l’éclair, le cœur nu,

sitôt apparu disparaît, sans jamais se figer.

Si le cœur pur est bel et bien vivant,

ce n’est pas à la suite d’un moi qu’on peut le trouver.

Ici même, le cœur s’ouvre sans avant ni après.

Que ce cœur s’éveille et nous rejetons

au loin les jeux du passé,

nous nous mettons à l’écoute de l’inaudible,

nous partons à la connaissance de l’inconnaissable,

sans que rien de cela ne soit notre fait.

Il en est ainsi, sachez-le,

pour la seule et unique raison que nous sommes ça.

 

Dôgen / shôbôgenzô / in-mo

_le cœur s'ouvre

 

sujet + complément d’objet direct (ou indirect)

Tout le monde objectif est et demeure représentation,

et, pour cette raison, est absolument et éternellement conditionné

par le sujet ; en d’autres termes, l’univers a une idéalité transcendantale.

Il n’en résulte pas qu’il soit illusion ou mensonge ;

il se donne pour ce qu’il est, pour une représentation, ou plutôt

une suite de représentations dont le lien commun

est le principe de causalité.

Ainsi envisagé, le monde est intelligible à un entendement sain,

et cela dans son sens le plus profond ;

il lui parle un langage qui se laisse entièrement comprendre.

 

Arthur Schopenhauer

a priori

 

TROP FORT ? ! !

Le Temple de la Raison,

comme toutes les institutions du système,

ne se fonde pas sur la force individuelle,

mais sur les faiblesses de chacun.

On ne vous y demande pas d’être capable,

mais d’être incapable, afin de pouvoir vous enseigner.

Un homme vraiment capable est un danger public.

 

Robert M. Pirsig / Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes / Points

 

_what !

faim de non recevoir

« J’avais faim et vous faisiez le tour de la Lune.

J’avais faim et vous m’avez dit d’attendre.

J’avais faim et vous avez créé une commission.

J’avais faim et vous parliez d’autre chose.

J’avais faim et vous m ‘avez dit : “Il n’y a pas de raison.“

J’avais faim

et vous aviez des factures de napalm à payer.

J’avais faim et vous m’avez dit :

“ Maintenant des machines font ce genre de travail.“

J’avais faim et vous avez dit : “La loi et l’ordre avant tout.“

J’avais faim et vous avez dit : “Il y a toujours des pauvres.“

J’avais faim et vous avez dit : “C’est la faute des communistes.“

J’avais faim et vous avez dit : “Mes ancêtres avaient faim aussi.“

J’avais faim et vous avez dit : “Après trente-cinq ans, on n’embauche plus.“

J’avais faim et vous avez dit : “Dieu leur vient en aide.“

J’avais faim et vous avez dit : “Désolé, repassez demain.“ »

 

Bulletin protestant américain en 1976 

Marc de Smedt / Eloge du bon sens / Albin Michel

_SVP

 

ondes de forme

Les ombres naissent des formes, l’écho répond à la voix. Ceux qui jouent avec leur ombre jusqu’à épuiser leur corps, ne réalisent pas que ce corps est la cause de l’ombre. Ceux qui élèvent la voix pour faire cesser l’écho ne réalisent pas que leur voix est la source de l’écho. Rechercher le nirvana en éliminant les passions est comme rechercher l’ombre en enlevant le corps. Chercher le Bouddha en rejetant les êtres est comme chercher l’écho en faisant taire la voix. Sachez donc que l’illusion et l’éveil ne sont qu’une seule Voie, et que la bêtise et la sagesse ne diffèrent en rien. Pour avoir donner des noms à ce qui était innommable, on a engendré l’être et le non-être. Pour avoir établi des principes dans ce qui était sans principe, on a vu fleurir les disputes. Les transformations illusoires n’étant pas vraies, qui aurait tort ou raison ? L’erreur étant irréelle, qu’est-ce qui existe ou n’existe pas ?

Le traité de Bodhidharma

_ÉCHO